Les femmes peintres dans laTunisie moderne

Pr.Rachida Triki
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis.

Cette étude se propose d'examiner la production plastique notamment picturale des femmes tunisiennes 1 en posant les questions de leurs conditions de formation, de leur rapport à l'environnement socio-culturel, de la spécificité de leur démarche créatrice et de l'intérêt que leur porte la critique. Tout cela reviendra, dans les limites de ce travail, à évaluer le statut de la femme peintre ou plasticienne en Tunisie et à mesurer, à travers l'analyse esthétique de quelques productions significatives, son impact dans l'activité créatrice.

Les données suivantes nous permettent déjà d'orienter la réflexion : d'une part, Il y a un faible pourcentage de femmes-peintre et plasticiennes inscrites à l'Union des plasticiens tunisiens et une quasi absence jusqu'aux années 80 d'artistes plasticiennes consacrées, c'est-à-dire ayant eu une reconnaissance publique ou officielle ou ayant fait l'objet d'étude critique ; d'autre part, il y a un nombre important et croissant depuis une dizaine d'années de femmes-peintre autodidactes ou formées dans des centres privés n'ayant pour la plupart jamais tenu d'exposition personnelle, de plus on constate que l'évolution, depuis 1994, de l'orientation des bachelières vers les études en arts plastiques situe aujourd'hui le pourcentage des étudiantes à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis à 1/3 de l'effectif.

Cette faiblesse de la présence picturale féminine sur la place publique jusqu'aux années 80 et l'intérêt croissant par la population féminine, aujourd'hui, pour la peinture et quelques arts plastiques (comme la gravure, le verre soufflé, la céramique et les installations) tiennent certainement à plusieurs facteurs socio-juridiques et culturels liés au problème général du statut et de l'émancipation de la femme en Tunisie. Cependant, pour un examen plus objectif de la question de la participation plastique des femmes dans l'espace culturel, il ne faut pas perdre de vue des raisons historiques liées à l'avènement tardif de la peinture de chevalet dans le pays. Nous étudierons donc le problème de la création des plasticiennes dans son rapport à la fois à l'histoire de la peinture en Tunisie, à l'évolution du statut de la femme, aux conditions de formation et d'accès aux espaces d'expositions et à l'intérêt esthétique de certaines productions remarquables.

I - Conditions socio-historiques

S'il est vrai que ce qu'on entend aujourd'hui par artisanat enfonce ses racines dans des pratiques ancestrales, les arts plastiques dont certains conservent un rapport dialectique avec l'artisanat sont un phénomène récent. La peinture qui reste le plus universel des beaux-arts n'a fait son apparition en Tunisie qu'au contact des peintres coloniaux et ne s'est institutionnalisée concrètement qu'en mai 1894 avec la fondation, par l'Institut de Carthage du premier Salon tunisien. Cette « exposition des Beaux-Arts » a marqué l'acte de naissance d'une manifestation annuelle qui s'est tenue presque régulièrement jusqu'au Salon Tunisien de 1984. Il a fallu plusieurs décennies (jusqu'aux années 50) pour que se fasse une appropriation de la pratique picturale et son investissement par des représentations propres à la tunisianité 2.

C'est donc aux côtés des arts traditionnels, un phénomène exogène dont la transmission puis la maîtrise ont nécessité la participation active et pionnière de personnalités autonomes pouvant librement acquérir une formation au contact de peintres étrangers ou émigrés au sein de l'Institut de Carthage et dans d'autres lieux d'exposition de l'époque. Leur accès à la peinture s'est aussi fait par le biais du Centre d'Enseignements d'Arts, fondé en 1923 et devenu en 1930 l'Ecole des Beaux-Arts. En effet, des pionniers de la peinture tunisienne comme Aly Ben Salem, Amara Dabbeche et Abdelaziz Gorgi ont fréquenté cette Ecole dès les années 30, lorsqu'elle se trouvait à Dribet Ben Ayed, dans le quartier de Tourbet al Bey. Là, ils bénéficiaient de cours d'histoire de l'Art, d'anatomie et d'une formation académique de peinture et de sculpture dispensée par d'éminents artistes enseignants comme Pierre Bayer et Armand Vergeaud. Ils pouvaient y fréquenter une bibliothèque fournie aussi bien en ouvrages d'art classique que d'art de l'époque. Cet espace fut aussi un espace d'expositions temporaires d'œuvres d'artistes consacrés et de travaux d'élèves ; ce qui ne pouvait qu'encourager les jeunes talents.

L'intérêt pris à la pratique picturale et à sa gestion locale s'est manifesté en 1949, sous l'initiative de Pierre Boucherle, par la constitution d'un groupe qui devait son unité à l'amitié et à la volonté de se démarquer de l'amateurisme et de l'orientalisme désuet qui continuait encore de s'exposer. Ce groupe qui prit le nom d'Ecole de Tunis comprenait des peintres actifs dont Yahya Turki, Ammar Farhat, Abdelaziz Gorgi et Jalal Ben Abdallah. En dehors de la participation timide de la doyenne des plasticiennes, Safia Farhat, c'est seulement ces dernières années (en 1996), que cette « Ecole » qui se manifeste par la régularité d'expositions collectives sous la direction de Abdelaziz Gorgi, a accueilli des artistes femmes comme Férial Lakhdar et Rim El Karoui.

Si la première moitié du siècle en Tunisie a été marquée par l'effort d'artistes talentueux qui ont produit des expressions picturales mettant en jeu une logique de formes et de couleurs plus appropriée à leur environnement, il n'en reste pas moins que la facilité d'accès à l'espace public et à la scolarisation a fait de la peinture pratiquement jusqu'aux années 80, un art exclusivement masculin.

Par la suite, tous les mouvements et regroupements qui ont eu lieu à partir des années 60 pour tenter de constituer des espaces de réflexion et d'écritures picturales qui rompent aussi bien avec un certain orientalisme qu'avec l'attachement à une forme d'imagerie patrimoniale propre aux peintres de la première génération, ont été le fait d'artistes « militants » formés le plus souvent aux écoles des beaux-arts et ayant investi l'espace public avec des expositions et des débats dans les galeries et les cafés de la place. Leurs interrogations et remises en question ont constitué un facteur déterminant dans la recherche d'expressions originales souvent abstractionnistes. Il va sans dire que la participation des femmes dans ce débat a été minime et ne peut être figurée que par la présence de Juliette Guermadi qui a fait partie en 1967 du « Groupe des cinq » pour défendre les tendances nouvelles de la peinture et par le travail de fondation pédagogique ainsi que l'activité créatrice de Safia Farhat, doyenne des plasticiennes tunisiennes.

En dehors d'un nombre restreint de femmes-peintre dont la pratique est restée, à l'époque, sous silence (exemple : Rafika Dhrif), seules quelques unes comme Safia Farhat, Chacha Guiga 3, puis Meherzia Ghadhab et Fouzia al Hichri ont pu tenir des expositions. Depuis les années 80, c'est surtout la fréquentation de l'ITAAUT 4 qui a permis à un certains nombres d'étudiantes d'acquérir une formation qui les destinait pour la plupart à l'enseignement des arts plastiques alors que la pratique picturale connaissait un essor et que les lieux d'exposition devenaient des espaces de rencontre où la question de la peinture était objet de débat. Quelques unes de ces étudiantes ont pu continuer leurs études en France ou en Italie, telles que Ilhem Ellouze ou Asma M'naouar ; leur séjour à l'étranger leur a permis d'enrichir leur expérience artistique, d'exposer en groupe ou individuellement et de se consacrer à la peinture.

Il est certain que la démocratisation de l'enseignement et l'émancipation juridique et culturelle de la femme, très tôt après l'indépendance, ont constitué des éléments déterminants dans l'apparition des premières figures marquantes de plasticiennes ; cependant ces déterminations objectives restent insuffisantes sans un milieu favorable et une volonté de faire qui nécessite une sorte d'endurance. La lenteur avec laquelle se sont opérés l'accès à la pratique picturale puis la reconnaissance publique tardive d'artistes valorisées tient aussi à de nombreux facteurs diffus dont notamment les inhibitions devant la figuration ou l'expression imagée d'un monde personnel, voire intime ou encore l'absence d'encouragement et d'accueil à la production dans un domaine très tôt occupé par une population masculine.

Le mouvement de scolarisation a été le facteur le plus important à l'orientation des tunisiennes vers la formation artistique. La direction de l'Ecole des Beaux-Arts par une femme, l'artiste Safia Farhat et la réforme de l'enseignement des arts opérée en 1973 au sein de cette institution devenue ITAAUT, a encouragé et permis aux élèves – filles de poursuivre des études d'arts plastiques. A partir des années 80, leur nombre s'est sensiblement accru dans les ateliers de peinture. Quelques unes d'entre elles sont actuellement enseignantes dans la même institution et ont déjà tenu des expositions personnelles.

II - Espaces de formation et d'exposition

Pour mieux saisir toutes les conditions de possibilité et les obstacles à la création picturale des femmes tunisiennes, il nous a fallu, d'une part étudier les parcours d'artistes aujourd'hui reconnu, d'autre part relever à partir d'un questionnaire auprès d'un certain nombre de praticiennes souvent autodidactes des informations concernant les lieux d'apprentissage autres que l'Ecole des Beaux-Arts et les différents espaces d'exposition. Cela nous a permis de localiser les difficultés de parcours et d'accès à la consécration publique.

En dehors de l'Ecole des Beaux-Arts, plusieurs espaces privés, animés par des artistes, fonctionnent en atelier et sont fréquentés en majeure partie par des femmes qui s'initient à la peinture souvent par la voie académique du dessin et du traitement de couleurs. Il s'agit soit d'atelier ouvert dans les centres culturels comme celui très fréquenté de Dante Alighieri au Centre Culturel Italien de Tunis, soit celui du Centre Culturel d'El Menzah 6, soit encore au Centre d'Art Vivant de Rades créé en 1981 par la plasticienne Safia Farhat.

Il existe aussi des Centres privés donnant des enseignements diversifiés d'arts plastiques comme celui animé par Madame Latifa Chehimi à l'Ariana et celui de fadha al Founoun animé par Mohsen Khalaf à Sfax et que fréquentent des amatrices de tout âge. Des peintres comme Mahmoud Shili et M'hamed Mimita font aussi Ecole dans leurs ateliers. Ces expériences donnent lieu en général, une fois l'an, à une exposition de groupe qui valorise le travail et encourage les femmes à la peinture.

Les espaces d'exposition restent bien sûr les galeries d'Art privées ou celles qui appartiennent aux Mairies ou au Ministère de la Culture. Ces espaces sont en général, surtout lorsqu'il s'agit d'exposition personnelle, le signe de la consécration de l'artiste qui fait alors l'objet de l'intérêt de la critique et de la commission nationale d'achat. L'exposition annuelle de l'Union des plasticiens tunisiens, d'abord à la Galerie Yahya , puis aujourd'hui dans différentes galeries de la place, reste souvent l'unique occasion pour plusieurs femmes-peintre de se manifester par l'exposition d'une ou de deux œuvres. Aujourd'hui les espaces d'exposition se diversifient et les fêtes commémorant la femme sont l'occasion de mise en valeur des créations féminines, notamment en peinture (CREDIF, El-Abdellia, etc. ).

III - Etude de trois cas représentatifs de trois générations

Le nombre limité de plasticiennes qui sont aujourd'hui reconnues par la critique, exposées et primées dans des manifestations officielles appartiennent, toutes générations confondues, à la catégorie des femmes qui ont reçu une formation académique et qui sont animées par la détermination à créer malgré tous les obstacles. Nous examinerons trois cas représentatifs des trois périodes des années 70, 80 et 90 qui tracent un parcours significatif des chemins de la reconnaissance de l'artiste femme.

1 - Safia Foudhaïli Farhat

Pionnière dans le domaine de la création plastique et dans l'intervention au niveau de l'espace public et institutionnel, Safia Foudhaïli Farhat est, plus qu'un cas de figure, un exemple pour les générations qui lui ont succédé. Née en 1924, l'artiste a suivi des études primaires et secondaires à une époque où peu de filles fréquentaient les écoles. Animée très tôt par un désir de dessiner et peindre, elle s'adonne aux portraits et paysages. Après son mariage, elle s'inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis, à la fin des années 40 sous la direction du peintre Pierre Berjole où elle obtint son diplôme au bout de quatre années d'études, puis devint enseignante de décoration dans l'atelier du peintre Jacques Arnaud. Elle est alors la seule femme membre de l'Ecole de Tunis auprès de A. Gorgi, J. Ben Abdallah, etc. A la fin des années soixante, elle fut nommée directrice de l'Ecole des Beaux-Arts où elle s'investit dans les réformes et la mise en place d'enseignement diversifié d'arts plastiques. Elle-même pratique la peinture, le vitrail, la sculpture, la céramique et surtout la tapisserie d'art qu'elle parvient à innover en y introduisant des techniques et des motifs inédits. Elle crée, au côté de certaines peintures figuratives, des tapisseries d'art monumentales dont plusieurs ont été acquises par l'Etat ou les banques et figurent dans des édifices publics. Sa première exposition date de 1960 .

Elle n'a cessé d'encourager les jeunes talents à l'apprentissage des arts et surtout à la création ; son exemple a opéré comme un stimulus pour les jeunes plasticiennes et notamment pour celles qui fréquentent le Centre d'Art vivant de Rades qu'elle a fondé et qu'elle dirige encore aujourd'hui.

2 - Faouzia Hichri

Née en 1946 à Nabeul, l'artiste poursuit des études à l'ITAAUT 5 de 1972 à 1976, en spécialité gravure, puis séjourne à Paris à la cité des Arts de 1978 à 1980, moment où elle obtint sa maîtrise en esthétique de la gravure à l'Université de Paris I. De retour en Tunisie, elle enseigne l'art de la gravure à l'ITAAUT.

Très jeune, Faouzia Hichri voulait être artiste peintre et connaître l'histoire des arts. Elle concrétise ce désir à la fois par son parcours intellectuel et par la pratique de la gravure qui reste pour elle très voisine de la peinture, second volet de ses créations ( peinture qu'elle qualifie de gestuelle et d'expressionniste). Elle expose pour la première fois en 1978 à la Galerie Irtissem et ne cesse depuis d'exposer à un rythme quasi annuel aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger. Ses manifestations ne se limitent pas aux expositions en galeries privées ou publiques, aux biennales internationales de gravure ou aux différents festivals d'art plastique, elles s'étendent à la mise en place de nombreux ateliers ouverts aux enfants et aux adultes notamment lors des rencontres culturelles internationales comme celle d'Assilah au Maroc (1990), celle de Tonnay-Boutonne en France (1993) ou celle de Oman (1994). C'est dans ce même esprit de faire connaître et aimer la gravure qu'elle fonde en 1991, au Festival de Mahras, l'atelier pour artistes et enfants, qui devient annuellement un centre d'attraction et de rencontre.

Faouzia Hichri a aussi planifié et mis en scène des rencontres entre plasticiennes, musiciennes et poétesses comme pour la fête de la femme du 13 août en 1998. Ces expériences lui ont permis de varier ses matériaux et ses expressions. Animée par un esprit de recherche communicatif, elle ne cesse de renouveler les techniques et de pousser la gravure jusqu'aux impressions de transparence et de rythme. Elle exécute elle-même ses bois et confie, au sujet du procès de création :  « Chaque étape du processus est un instant de réalisation : l'ébauche comme l'affrontement du bois ou le tirage qui ménage des rencontres et procure à son tour des sensations plastiques. ». C'est pourquoi elle conçoit chaque épreuve comme une œuvre originale qui est la trace de l'acte créateur où se mettent en forme à la fois un imaginaire et un vécu tout personnel. Si elle rend hommage à ceux qui l'ont encouragée comme Mohammed Ben Meftah et Ibrahim Dhahak ou à ceux à qui elle porte une admiration comme A Dürer et Munch, elle n'en garde pas moins une indépendance créatrice. La pratique de la Xylographie est, pour elle, l'occasion d'un jeu qui met en relation des techniques maîtrisées, une gestualité et des hasards miraculeux. Cette aventure donne lieu à des épreuves originales souvent rehaussées d'encre et d'acrylique et animées de silhouettes chorégraphiques, rythmant l'espace dans leur différence et répétition.

Le thème privilégié, voire matriciel de l'artiste, reste la femme tunisienne à travers les costumes féminins traditionnels, la représentation du couple et le motif du moucharabieh. Les nombreux prix et honneurs qui ont été rendus à Faouzia Hichri par des Jury et organismes culturels tunisiens et étrangers constituent la reconnaissance d'un effort qui est loin de s'épuiser dans l'aventure de l'art. L'exemple de Faouzia Hichri est incontestablement un cas de figure exemplaire de l'artiste frondeuse dont l'énergie inépuisable milite pour installer l'art de la gravure dans notre vision esthétique et pour former le goût à la pratique plastique. L'artiste encadre aujourd'hui le travail de plusieurs jeunes graveuses et ne cesse de participer à des manifestations socioculturelles.

3 - Rim Karoui

Les peintures de Rim Karoui 6 sont le lieu de rencontre entre les traces patrimoniales et les formes autonomes, purement plastiques. Plutôt abstraites, ses oeuvres traduisent le caractère éphémére des choses et l'étrangeté du monde. Elles suggèrent des figures enfouies sous des couches de couleurs tendres et lumineuses, animées d'un léger pastillage. Les effets de transparence et d'apparitions marquent la dimension temporelle par des marques d'érosion symbolique. L'artiste maintient vif le mystère du visible, toujours différent dans ses rencontres.

Elle dévoile les figures à travers les fragments d'un univers infini. C'est pourquoi sa peinture se prête à la métaphore d'une musique graphique ou d'une poésie astrale. L'art y devient la rencontre avec la dimension cosmique, avec les sources ancestrales et le monde merveilleux du rêve.

L'oiseau est une oeuvre aux tons pastel de bleu et de rose, irradiée de l'intérieur par des nuances ocre-jaunes. Les couleurs sont réparties en formes évanescentes, habitées par des traces lointaines au graphisme à peine lisible. Elles renvoient, dans la répétition des formes géométriques et florales à des éléments de tatouage ou de décoration artisanale. La douceur du chromatisme et la légèreté des formes prêtent à l'ensemble un caractère qui pousse à la rêverie et aux réminiscences.

L'Odalisque présente un graphisme plus net et des figures plus diversifiées. Renvoyant à «l'Odalisque couchée» d'lngres, la figure centrale offre une véritable synthèse de signes et symboles iconographiques et patrimoniaux. De la quasi-légendaire figure de la montagne Boukornine aux bijoux berbères, c'est l'occasion pour l'artiste de multiplier les formes emblématiques des losanges, du croissant, du lézard, devenues éléments picturaux. Ces derniers sont disséminés dans un espace partagé en bandes horizontales et harmonisé par les alternances de bleu, de blanc et d'ocre. Le tout rappelle que la peinture est l'espace privilégié de l'émergence des traces.

Nous pouvons remarquer à partir de ces trois cas de figure, Safia Farhat, Fouzia Hichri et Rim Karoui, qui ont en commun d'avoir eu une formation à l'Ecole des Beaux-Arts, que la consécration des femmes plasticiennes avait pour prix une détermination sans faille pour la pratique de leur art et pour sa mise en valeur. Leur force de caractère et leur passion créatrice leur ont permis de transgresser les obstacles socioculturels qui peuvent constituer pour une femme l'occasion de découragement. Elles se sont imposées à la critique par leur recherche et leurs innovations techniques.

Cependant, un certain nombre de femmes appartenant à la première génération ayant fréquenté l'Ecole des Beaux-Arts et pratiqué la peinture sont, pour des raisons diverses ( notamment des obligations familiales), restées à l'écart de la vie artistique et de la critique. Le cas de Rafika Dhrif est significatif de cette situation. D'autres comme Zeineb Ben Abdallah 7 ou Aziza Bouhawel 8 exposent de façon irrégulière.

Rafika Dhrif est née en 1938 à Tunis ; Elle obtient le diplôme de l'Ecole des cadres de Tunis en 1960 puis le diplôme des Beaux-Arts de Tunis (spécialité peinture) en 1961. Elle poursuit ses études à l'Ecole Nationale des Arts décoratifs de Paris et obtient le diplôme de décoratrice (spécialité art mural) en 1973. Elle enseigne les arts plastiques dans les lycées de 1961 à 1993. Elle pratique aussi bien la gravure, la sculpture que la peinture qui reste son art favori. Depuis 1972, elle participe à des expositions collectives à Paris et en Tunisie (espaces culturels). En 1972, elle obtient le prix Louis Dumoulin de la Société Internationale des Beaux-Arts au Grand Palais à Paris. Membre de l'Union des plasticiens tunisiens, Rafika Dhrif a tenu une exposition personnelle à la galerie de la mairie de Mahdia en 1998. Son œuvre comporte du figuratif et de l'abstraction avec une prédilection pour la Médina avec ses ruelles et ses mosquées saisies dans une atmosphère crépusculaire ou pour les portraits de facture académique. Ses abstractions expriment en revanche un tumulte de formes spiralée où domine le noir.

IV - Les chemins de la consécration

Le nombre limité des plasticiennes qui sont aujourd'hui reconnues par la critique, exposées et primées dans des manifestations publiques appartient à la catégorie de femmes qui a bénéficié d'une formation académique, d'un climat de liberté et de la possibilité de voyager et peindre à l'étranger. Certaines d‘entre elles continuent de vivre et d'exposer en Europe. Nous examinerons le parcours et les techniques de création de plasticiennes qui se sont imposées depuis une dizaine d'années.

1 - Entre Tunis et l'Europe

Un certain nombre de plasticiennes ayant poursuivi leurs études en Europe et bénéficié du contact avec les différents courants artistiques et intellectuels à l'étranger se font remarquer par l'originalité de leur démarche. C'est ce qui a permis leur reconnaissance à la fois par les médias et les milieux artistiques en Tunisie. Elles sont aujourd'hui exposées dans des galeries sélectives et encouragées par les services culturels. Elles commencent à avoir une place dans le marché de l'art. Si on peut les regrouper à travers des parcours et des statuts similaires, il n'en reste pas moins, malgré la dominante abstraite et semi-abstraite de leur peinture, que le travail de chacune d'elles est porteur d'un style propre. Sans aller jusqu'à une disparité totale, leurs préoccupations plastiques et leurs recherches offrent dans leurs différences un éventail intéressant dans la peinture tunisienne contemporaine. C'est pourquoi, il est prudent d'examiner la démarche de chaque cas ici présenté pour respecter la spécificité de leurs créations.

L'œuvre de Meriem Bouderbala 9qui travaille et vit entre la France et la Tunisie conserve l'épaisseur charnelle des matériaux et la dimension suggestive des lieux. Sa peinture se caractérise par la présence de la matière. Plutôt que de figurer, elle donne à voir des mondes inchoatifs d'où émergent, en formes libres, des incandescences, des calcinations, des boursouflures, des grains, des plis, des fissures ou de pures rugosités. Les formes-couleurs semblent habiter l'œuvre de l'intérieur, faisant corps avec la pâte, le sable et les matériaux divers, métamorphosés en éléments picturaux. L'artiste utilise des techniques mixtes et conjugue, avec beaucoup de maîtrise, la vérité des éléments naturels et l'art de la composition. Chaque œuvre donne l'impression de l'autonomie propre aux figures organiques. Elle se livre entière comme une part de monde qui convoque aussi bien le regard que le toucher. La peinture se libère du spectacle de la représentation. Elle est présence pure, sans effets d'illusion, sans fard, loin des références. Et cependant, elle est le fruit d'un travail discret, des créations incessantes, de mises en rapport subtiles et d'une intuition sans faille des potentialités de la matière.

Si la prédilection pour les tons bronze, brun, terre ou rouille, proche du minéral et du végétal, présente un chromatisme volontairement sobre, les répartitions des couleurs, déploient, quant à elles, des effets, de 1umière et une richesse de nuances. Ses personnages comme « Karakouz le découpé » 10, ou le légendaire « Boussaadïa » 11 sont des déflagrations de formes humanoïdes qui s'agitent à travers un espace bidimensionnel.

Fatma Charfi-M'seddi 12 qui vit actuellement en Suisse, après une formation académique acquise à Paris, a mis en place une démarche originale qui a donné lieu à un monde plastique particulier. Elle a créé un personnage en papier « Abrouc », petite chose noire et fragile dont elle joue les métamorphoses entre vie et mort, à travers des installations diversifiées . multiplié et disséminé, « Abrouc » exprime le drame de la guerre, enfermé dans des éprouvettes, il dit la quête de la liberté. Ses potentialités restent infinies pour l'artiste qui ne cesse de le mettre en scène plastique.

Si « Abrouc » constitue pour Fatma Charfi le moyen par lequel s'exprime plastiquement le drame humain à travers une dimension ludique, un autre personnage, celui de la femme métamorphosée en module conique créé par Ilhème Ellouze 13 manifeste de façon originale et forte le devenir problématique des femmes. En effet, les recherches plastiques de cette artiste qui vit actuellement en France portent sur la métamorphose de l'image. Sa quête est un chemin vers l'épure picturale. De la métamorphose du figuratif à la présence pure de l'élément figural, Ilhème Ellouze a trouvé l'essence de la forme modulaire comme foyer de potentialités symboliques de l'humain. Le module de base conique signifie l'unité universelle qui dit les parcours de la femme, sa solitude dans la foule, le destin ou les chemins de la liberté. Dans certaines œuvres les effets de granulation du support matériel et les superpositions de collage interviennent comme des stratifications qui donnent corps aux modules et laissent échapper une épaisseur sensorielle des formes humaines. Dans ses installations de sculptures métalliques, la répétition devient synonyme de marche, de mouvement ou de résignation.

Cette sensibilité à saisir le mouvement et la fragilité des êtres dans le monde moderne, nous la retrouvons sous d'autres formes dans la peinture d'Asma M'naouar 14. Elle pourrait se définir comme abstraction lyrique mais sa particularité réside dans le traitement du rouge dont les jeux de tonalités offrent un univers différencié de lumières flamboyantes. Avec passion et persévérance, elle exploite les possibilités de la couleur pour en multiplier la variété des éclats, des incandescences et des teintes sombres. Elle juxtapose les épaisseurs, les opacités et les transparences en un géometrisme libre, habité de formes courbes ou oblongues. ses compositions semblent évoluer de bas en haut, dans un étagement continu, redoublé par des aplats en superposition. Ces derniers, dans l'évidence de leur bidimensionalité suggèrent et retirent à la fois l'effet de profondeur.

Une autre artiste ayant fait ses études et séjournant en Italie explore la peinture dans un même espace mnémonique. En effet, les peintures de Salwa Jaber 15présentent des compositions géométriques et hiéroglyphiques où resurgit un monde ancestral. A dominance de bleu, d'ocre et d'orange, les formes de Tanit, d'œil cilié, de tatouage, d'animaux familiers ainsi que d'objets usuels devenus signes constituent une sorte de mémoire picturale du patrimoine. Ces signes et symboles disséminés ou rangés sur l'espace plastique donne l'impression d'une écriture immémoriale. Parfois des visages féminins au regard absent habitent en point focal la composition.

Différente dans sa démarche mais non moins soucieuse de capter la présence féminine à travers ses apparitions à la fois étranges et quotidiennes, l'œuvre de Feryel Lakhdhar 16 offre des potentialités inédites du figural. Ses toiles sont peuplées de personnages féminins aux formes arrondies qu'elle dispose en modules réunis en dehors du temps et de l'espace comme pour manifester leur seule présence imposante. L'espace bidimensionnel est souvent composé par des aplats purement chromatiques ou décoratifs. Ses acryliques ont parfois des effets de fresque par les techniques de grattage ou de superposition de fines couches de couleurs.

Plus portées vers l'abstraction et la dynamique des formes-couleurs, les œuvres de Emna Masmoudi 17, Insaf Saada 18 et Lisa Seror 19 ayant toute trois étudié en France, sont le lieu d'émotions suggestives.

Dans sa peinture, Emna Masmoudi restitue les traces de personnages énigmatiques et d'objets insolites qui font leur apparition dans une atmosphère volontairement noyée dans l'opacité d'un ocre ou d'un blanc comme travaillé par le temps. Ses plans sont généralement granuleux et épais et donnent à la composition un effet tactile. Entre abstraction et figuration l'artiste laisse libre cours à l'imagination du récepteur.

Insaf Saada, quant à elle, travaille des compositions d'un géometrisme libre, habités de signes, symboles et figures nettement dessinées et disposées de façon modulaire. Ses tons, couleur terre, brun, rouille sont mise en valeur par des plages de blanc. Malgré leur dimension symbolique, les tableaux de Insaf Saada garde une autonomie plastique incontestable.

La démarche de Lisa Seror s'oriente vers une recherche de lumière à partir de superpositions et d'interférences chromatiques issues de techniques mixtes. Que ce soit dans ses figurations ou dans ses abstractions, l'artiste met en évidence par la présence de la matière des formes insolites noyées dans des atmosphères en bleu, ocre, ou rose-mauve.

2 - Entre université tunisienne et ateliers privés

En dehors de ces plasticiennes qui séjournent ou ont séjourné à l'étranger et qui attirent aujourd'hui l'attention de la critique, des galeries et des services du ministère de la culture (organisation d'expositions et de catalogues avec la collaboration des représentations des pays européens), les artistes qui vivent en Tunisie et gagnent la reconnaissance du public et des médias voient leur nombre augmenter. Elles appartiennent soit à la catégorie des plasticiennes qui ont fait des études supérieures des beaux-arts et qui continuent de faire des recherches, soit à celle des femmes-peintre qui ont suivi des cours dans des ateliers privés, soit encore à celle des artistes autodidactes qui se sont imposées par l'originalité de leurs créations.

Certaines plasticiennes ayant fait des études académiques en Tunisie et qui poursuivent actuellement des recherches théoriques et pratiques sont connues par un public averti et attirent l'attention des médias. Aïcha Filali 20, actuellement directrice de l'Ecole des Beaux-Arts, se démarque par l'originalité de ses costumes, de ses installations et de ses céramiques. Ses recherches en céramique jouent la dérision et l'écart en variant les formes et les postures du quotidien et de l'esprit de Panurge. Ses personnages en terre cuite expriment avec finesse le comique des habitudes du geste et des apparences. De la même façon, la série des têtes de mouton enroulés dans leurs cornes et leur sourire hilare accentue le ridicule des comportements consacrés. Souvent, ses objets de céramiques exhibent par l'excès de leur fard (l'exemple des chaussures) le dérisoire de leur présence. Le travail des costumes et des bijoux sont pour l'artiste l'occasion de réhabiliter les matériaux les couleurs, les formes et les odeurs du patrimoine (laines, fil de soie, bois, argent, ambre et girofle…). Aïcha Filali continue ses recherches hors des sentiers battus en explorant les objets usuels.

Dans le même esprit de réactivation du patrimoine, une autre plasticienne, Fadoua Dagdoug 21, enseignante à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis, ne cesse d'explorer les potentialités formelles du fil et de la laine à travers ses créations de costumes et de tapisserie. Elle développe aujourd'hui un travail conceptuel sur la transformation des matériaux textiles en variant les techniques jusqu'à l'obtention quasi-picturale de transparence et de couleur lumière. Elle le fait à partir de compositions de soie, de métal et de coton. Ces techniques remettent en question la forme traditionnelle de la tapisserie et étendent sa spatialité par la variation des jeux de la trame et de la texture.

Dans une perspective tout à fait différente mais non moins contemporaine la jeune artiste Emna Zghal 22donne à voir une peinture foncièrement abstraite habitée de mouvements violents qui restent au plus proche du geste même de peindre. Les formes-couleurs et la lumière suggèrent parfois des figures qui expriment des émotions fortes. Sa palette conjugue des tons chauds et froids qui dynamisent et rythment l'espace pictural. La vitesse est rendue sensible par la légèreté de la touche et les répétitions des courbes. L'alternance des transparences et de la vivacité des tons porte la peinture à sa dimension musicale.

Dans un abstractionnisme plus épuré, Mouna Douf 23, enseignante à l'Ecole des Beaux-Arts de Sfax, recherche les effets de forme-lumière du noir et blanc. Ses compositions abstraites donnent l'impression de surfaces architecturales que suggèrent la matérialité du plan devenu mural et l'épaisseur des tracés perpendiculaires. Des signes simples en croix sur des espaces blancs élèvent parfois l'espace pictural à la dimension emblématique. Les variations du gris module les aplats en jouant les illusions de plusieurs dimensions.

Ce jeu chromatique d'espaces architecturaux, nous le retrouvons de façon plus lyrique dans les peinture de Sonia Routbi-Drij 24. Ses œuvres sont figuratives et expriment des paysages architecturaux aux couleurs quasi-irréelles. Elle multiplie les courbes et rend l'épaisseur des formes par la matérialité d'aplats qui ouvre l'espace au delà des limites conventionnelles du tableau-chevalet.

Jamila Arous Ayoub 25, enseignante à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis, travaille aussi les variations des couleurs et lumières à travers des formes plus figuratives focalisées dans l'élément floral. En effet, que ce soit à l'aquarelle ou à la peinture à l'huile, les compositions florales et végétales sont une recherche de lumière à travers des jeux de transparence et de vibration. Les fleurs sont pour elle l'occasion d'exprimer des atmosphères et des émotions à travers l'agencement des formes devenues singulières. Pour l'artiste, « la musicalité de l'œuvre doit toujours l'emporter…Elle est l'expression de la spontanéité». C'est pourquoi, les effets de lumière et des tonalités vives se donnent comme des partitions du même dans la différence.

Aujourd'hui, l'avènement de la pratique encore timide des installations plastiques est visible chez certaines jeunes plasticiennes formées aux écoles des Beaux-Arts et ayant acquis une maîtrise des nouvelles technologies des images. En Occident, l'inscription des installations dans les espaces publics est celle d'une action de contestation et de dévoilement qui rompt avec l'autonomie de l'œuvre à portée esthétique. Dans notre société, cette pratique se destine encore à la même exposition que les œuvres picturales, probablement pour la raison qu'elle ne dispose pas d'un espace public de la même nature, c'est-à-dire capable de leur donner une place et un sens. C'est pourquoi, il semble que l'art contemporain reste plus malaisé dans la figure des installations publiques à caractère performatif que dans celles qui mettent en scène l'histoire personnelle et intime de l'artiste. Ce n'est pas un hasard que de jeunes plasticiennes adoptent, sans trop de méprise, cette démarche à laquelle un public averti commence à adhérer, malgré la marginalité des lieux d'accueil et d'exposition. Des artistes comme Sana Tamzini, Nicène Kossentini, Amel Bouslama et Mouna Karray composent avec vidéos, photos et peintures des installations qui sont autant de réflexions sur leur environnement socio-culturel et urbain.

Certaines femmes-peintres ayant fréquenté, pour leur formation, durant une période déterminée l'Ecole des Beaux-arts de Tunis ou une Académie à l'étranger ont eu un parcours personnel qui leur a permis de s'imposer dans le milieu artistique en Tunisie. Alya Bouderbala Bach Chaouch 26 a fondé la Galerie de la Médina dans laquelle elle a mis notamment en valeur plusieurs talents féminins comme Ilhem Ellouze et Meriem Bouderbala. Les peintures de Alya Bach Chaouch représentent soit des natures mortes aux fruits soit des compositions épurées de figures féminines et de traces du lointain patrimoine. La prédominance du bleu azur et du blanc suggère, avec la présence du large, un sentiment d'éternité.

Shéhérazed R'haiem 27connue par l'originalité de son graphisme dans les affiches qui expriment avec force des réalités sociales et humaines est une artiste dont la peinture évoque des atmosphères particulières. En majorité à l'huile, ses toiles sont remarquables par la maîtrise du dessin et du traitement des couleurs et constituent souvent le cadre d'un univers féminin. Portraits ou compositions de factures oniriques sont rendues par une palette où dominent le bleu, l'ocre et le rouge subtilement conjugués pour une expression atopique d'espaces irréels et vaporeux. Dans la discrétion du trait, l'artiste arrive à faire passer une communication silencieuse entre ses personnages et laisse planer l'ambiguïté des gestes et des postures.

Nous retrouvons cette ambiguïté et ce mystère dans les compositions en polygravure de Samia Zaouch 28 dont les œuvres présentent des scènes imaginaires et surréelles où des corps nettement dessinés émergent des formes végétales ou minérales.

Céramiste et femme-peintre, B'chira Bouazizi 29 travaille à mettre en évidence à la fois la transparence et la texture de la matière par la correspondance entre ces deux arts. Elle cherche à produire des effets de transparence et de lumière qui mettent en valeur à la fois la superficie et la face cachée de la toile. De la même façon, ses céramiques approchent la texture du pictural par les effets de grattage et les compositions de leur surface diversifiée.

Parmi les artistes peintres qui ont eu une formation dans des ateliers ou des Académies à l'étranger nous pouvons citer Hayat Boutiba 30 dont les acryliques semi-figuratives expriment le mouvement dans un jeu de couleurs vives savamment réparties et Kalthoum Jmaïl 31 dont la peinture figurative est de facture expressionniste. Cette dernière a une préférence pour les natures mortes aux compositions précieuses d'objets d'art, de verre et de bouteilles. Ses objets ont le caractère de personnages exprimant leur présence et leur rapport dans des formes et des volumes nettement dessinés. Elle fait alterner les transparences et les opacités. De même sa palette joue les contrastes entre bleu nuit, jaune, vert sombre ou rouge brique. Le tout entretient une correspondance harmonieuse et poétique.

3 - Les autodidactes

Parmi les plasticiennes qui ont tenu des expositions personnelles et auxquelles se sont intéressés les médias figurent des autodidactes. La plus ancienne est certainement Meharzia Ghaddhab 32 qui peint depuis son jeune âge. Sa peinture traduit un traitement naïf de scènes colorées et hautement expressives de la vie traditionnelle. On trouve notamment des scènes de mariée ou de henné, de vie domestique et de pratique artisanale riches en détails de costumes, de bijoux et d'éléments emblématiques du terroir. Ces signes sont mis en valeur sans souci de proportion. Dans les expressions de la peinture naïve en Tunisie, Sa touche reste originale et reconnaissable par le trait épais et sinueux et par l'émotion qu'elle laisse passer dans la physionomie de ses personnages.

Plus structurée, la peinture figurative de Wassila Khorsof 33 représente des huiles sur toile avec paysages et des scènes de la vie quotidienne (Souk, scène de rue, etc.) ses touches épaisses intensifient les volumes donnant aux objets et aux corps une compacité parfois sculpturale.

Ni impressionniste ni expressionniste, la peinture de Aïcha Ibrahim 34 est traversée d'un dynamisme qui distribue en tourbillons, tracés et lignes de force la vivacité des formes-couleurs. Ces dernières rendent indifféremment aussi bien la trame des tranches du monde que celle d'un monde intérieur. Devenus êtres picturaux, portes et murs fissurés, nature morte, marines transcendent les identifications du figuratif pour des impressions toutes sensorielles.

En effet, plutôt que d'un dessin préalable, l'organisation des formes semble émerger d'un rapport d'intensité des couleurs; leur force de présence matérialise et rythme l'espace pictural. Eclatantes et chaudes, elles génèrent plus souvent dans leur contraste que dans leur complémentarité, la gestation d'épaisseurs, de superposition de strates ou de touches d'énergie qui remplissent la vision de vie des formes.

Ayant opté pour l'abstraction qui libère les gestes et ouvre à des possibilités insoupçonnées, Doria Ben Abdallah 35 peint avec passion. Ses goûts vont à Kandinsky et Pollok. Ses couleurs éclatantes et la force gestuelle de ses traits dénotent une volonté de peindre le sensoriel.

V - Accès à la peinture et espaces culturels

Aujourd'hui, avec la mise en valeur des activités féminines et notamment des activités créatrices, plusieurs espaces culturels de la capitale et à l'intérieur du pays, le CREDIF, ainsi les Mairies et certains établissements privés organisent des expositions de travaux de plasticiennes autodidactes ou formées dans des ateliers. Ces manifestations sont, pour certaines, l'occasion de montrer au public, des tableaux qui sont restés dans l'ombre parfois plusieurs années. Ces expositions présentent en général de nombreuses œuvres, en majorité figuratives et de valeurs très inégales. Elles sont souvent le résultat d'un travail sur modèle ou sont marquées par le style de l'artiste formateur. Mais, c'est là aussi que se manifestent des talents ignorés et que se fait le passage aux Galeries privées. L'organisation de prix ou médailles permet l'accès à la critique.

L'atelier de Sylvain Monteleone, au Centre Culturel Italien, est certainement le plus fréquenté par une population de femmes salariées (enseignantes, médecins, cadres, infirmières, etc.) qui trouvent là l'occasion de concrétiser un désir de peindre en passant par l'apprentissage rigoureux du dessin et de la couleur. Les expositions annuelles de leurs travaux revêtent des allures de fêtes. Nous présentons ici quelques cas de femmes ayant fréquenté l'atelier :

Nabiha Gribaa 36 fait partie de celles qui exposent aujourd'hui dans les galeries privées et font l'objet de l'intérêt de la critique. Sa peinture diversifie les expressions (paysages, souks, cavalcades). Elle cherche à traduire le mouvement de la vie par un rendu intense de lignes et de couleurs.

Pour Nadia Khalfallah 37, la peinture répond à un désir lointain. Elle nous confie : « c'était une passion qui m'habitait depuis toujours. L'acte de créer est devenu pour moi une urgence ; ce sera mon seul moyen d'expression et de communication. ». Elle avoue avoir une préférence pour l'impressionnisme qu'elle traduit dans des tableaux de moissons où elle fait éclater les blés en jaune, ocre et blanc.

Soulef Ben Amor 38 , Khaoula Chahed 39 , Tékaya Laourine 40, Kalthoum Ouslati 41 ainsi que Zniza Chérif 42 préfèrent la peinture figurative à tendance impressionniste avec pour objets privilégiés les paysages et des scènes du quotidien.

En dehors de l'atelier très fréquenté du Centre culturel italien et de celui de M'hamed Mimita, les femmes fréquentent de plus en plus l'atelier de Latifa Chehimi Belhassine, où elles trouvent un encouragement auprès de cette plasticienne.

Latifa Chehimi Belhassine a fait ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis de 963 à 1970 où elle obtient son diplôme de fin d'études de décoration d'intérieur. Elle travaille ensuite en architecture d'intérieur à Tunis jusqu'en 1973 et de 1973 à 1993, elle enseigne l'éducation artistique dans les lycées de Sfax, de Bizerte et de Tunis. Elle expose depuis 1973 et pratique plusieurs activités de création de costume et de décor de danse. Elle a voulu faire profiter de son expérience pour encourager les femmes qui n'ont pas pu avoir accès à une formation académique, à réaliser un rêve de peindre et créer. Elle anime des ateliers de formation d'arts plastiques depuis 1970 à Sfax et aujourd'hui à l'Ariana. Pour encourager ses élèves de tout âge, elle organise chaque année deux expositions vente de leur tableaux (l'une au Salon de l'artisanat, l'autre à la Galerie Blel ). Pour la plupart des exposantes, cet événement revêt une grande importance. Un grand nombre d'œuvres sont figuratives et présentent différents styles allant du classicisme aux modes impressionniste ou expressionniste et s'inspirent souvent d'œuvres connues.

La population qui fréquente l'atelier se compose, pour la plupart, de femmes au foyer dont les enfants ont grandi et qui se retrouvent en mal d'activité ou de jeunes filles animées du désir de créer et de s'exprimer.

Parmi les assidus du Club, on peut citer à titre d'exemple, Imen Aïssa qui présente des tableaux aussi bien surréalistes inspirés de Dali que cubistes à la manière de Picasso. Elle fait preuve aussi d'une touche lyrique plus personnalisée. Mongia Chemli quant à elle s'applique à figurer, avec chaleur, sites ou personnages, qui lui sont familiers. En général, les paysages et les natures mortes sont les sujets privilégiés de représentation et s'expliquent par la dimension didactique de la formation.

Plusieurs femmes-peintre autodidactes n'ayant pas fréquenté d'ateliers se font connaître à l'occasion de l'exposition annuelle du Salon de l'Union des plasticiens tunisiens ou d'une exposition de groupe généralement réservée aux femmes comme celle organisée annuellement par le CREDIF ou l'espace culturel de la Marsa. On peut citer à titre d'exemple, samia Ben Rajab, (élève) ou Lilia Larbi (surveillante) qui exposent des figurations, Hayat Belhaj (ingénieur chimiste) qui fait des abstractions à l'aquarelle ou encore Rakia Khabthani (sans profession) qui parle de la peinture comme le moyen le plus approprié pour extérioriser ce qu'elle ressent et ce qu'elle refuse. Elle le fait à travers des compositions d'abstraction lyrique. Le cas de Hanan Ghorbal (née en 1965,) est assez significatif d'un parcours d'autodidacte passionnée par les arts plastiques.. Elle a exposé dans plusieurs centres culturels de Tunis et de Sfax et s'est essayée à plusieurs expressions en utilisant des matériaux divers qui donnent lieu à des œuvres originales semi-abstraites et expressionnistes. Hayet Belhaj (née en 1961, fonctionnaire) est animée de la même détermination à créer qui devient pour elle, comme elle le déclare, un « besoin vital ». Elle a exposé dans plusieurs centres culturels de Tunis ainsi qu'à l'Union des Plasticiens et a été récompensée par un prix au Club Tahar Haddad. Elle trouve dans l'abstraction la liberté de s'exprimer en dépassant les contraintes du quotidien.

Il est certain que dans le cadre d'une telle recherche, nous ne pouvons pas faire une étude exhaustive de toutes les femmes-peintre autodidactes ou formées dans des ateliers. Cela nécessiterait un travail d'enquête plus large et plus approfondi. Cependant, ce que l'on peut relever à partir de l'étude des cas examinés ici, c'est que l'ouverture de clubs ou d'ateliers privés d'arts plastiques, ainsi que l'organisation d'expositions par ces mêmes espaces ou par d'autres espaces culturels visant à promouvoir les créations des femmes, répondent à une attente certaine qui touche une population d'âges et de milieux différenciés. Cet accès à l'espace public, le contact avec les visiteurs et surtout l'accueil médiatique constituent depuis ces dernières années, un encouragement incontestable à la pratique picturale des femmes. S'il est vrai qu'à travers cette émulation, les exigences esthétiques, en matière de peinture sont parfois sacrifiées (les travaux exposés de valeurs très inégales souffrent d'éclectisme) et peuvent même à certains égards porter la confusion chez un public non averti, la sélection par un jury spécialisé des travaux primés permet à la critique de porter un intérêt aux œuvres et à leurs créatrices.

Conclusion

L'histoire des arts plastiques et notamment de la peinture en Tunisie ne datent que d'un siècle et reflète, en tant qu'histoire d'une pratique récente, sélective et nécessitant l'accueil du public, les différences génériques d'accès à un art visuel. Certes, la démocratisation de l'enseignement et les libertés juridiques accordées aux femmes ont constitué, dans un premier temps la possibilité de formation dans les instituts et les écoles d'art en Tunisie et à l'étranger et ont permis aux plasticiennes de se manifester dans certains espaces d'exposition.

Mais comme nous l'avons vu, pratiquement jusqu'aux années 90, cet accès à la reconnaissance n'a pu réellement se faire que par la passion et la détermination d'artistes qui ont dû s'imposer pour donner place à leur art. En dehors des manifestations de l'Union des plasticiens tunisiens, très peu de femmes figurent dans les catalogues d'exposition (en grande partie conçus par le ministère de la culture) jusqu'en 1990. Cette dernière décennie du siècle est certainement la période la plus propice : elle a d'une part révélé des talents incontestés par la critique (notamment de femmes-peintre exposant aussi en Europe) ; elle a d'autre part, surtout permis, avec l'intérêt porté aux créations de femmes, de sortir de l'ombre un grand nombre d'autodidactes qui, par la seule présence de leurs productions dans les espaces publics, consacre désormais la pratique picturale des femmes.

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1 Il va sans dire qu'une étude exhaustive de toutes les plasticiennes consacrées ou ayant exposé nécessitent un travail beaucoup plus vaste et sort du cadre restreint de cette recherche.

2 Cf. Tunisie plurielle, éditions l'Or du temps, Tunis 1997., cf aussi Aspects de la civilisation tunisienne au XX° siècle, publications de la Faculté des Lettres de la Mannouba , Tunis 1997.

3 Chacha Guiga est née en Algérie en 1939. Elle a suivi des cours à l'Ecole des Beaux-Arts à Alger . Elle expose à Tunis et en Italie depuis 1961. Sa peinture est généralement expressionniste.

4 Institut Technologique d'Art, d'Architecture et d'Urbanisme de Tunis.

5 Institut Technologique d'Arts , d'Architecture et d'Urbanisme de Tunis

6 Rim Karoui est née en 1967, à Bizerte. Elle obtient en 1993 le Diplôme national supérieur d'expression plastique de l'Ecole des Beaux-Arts de Marseille. Elle suit un stage de sculpture aux Beaux-Arts de Paris en 1991 et un stage de peinture aux Beaux-Arts de Barcelone en 1993. Elle a exposé à Marseille et à Tunis.

7 Née en 1939 à Tunis, enseigne à l'ITAAUT à partir de 1972. Plusieurs expositions de groupes ; expositions personnelles (1981 Canada, 1982 Tunis).

8 Née en 1941 à Tunis, professeur de dessin, plusieurs expositions personnelles (1970, 1972, 1973, 1988) et participation à plusieurs expositions e groupe.

9 Meriem Bouderbala est née en 1960 à Tunis. Elle poursuit des études à l'Ecole des beaux-arts d'Aix-en-Provence de 1980 à 1985 et obtient le Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique. En 1985, elle fréquente le Département de Gravure de l'Ecole d'Art de Chelsea, à Londres. Depuis, elle tient régulièrement des expositions personnelles en France et à Tunis (Galerie de la Médina ou Galerie Gorgi) et participe à de nombreuses expositions collectives, à travers le monde. En 1986, elle a obtenu la médaille de la Ville de Nice et en 1993, le Prix du meilleur artiste de la presse et du public à Cannes.

10 Technique mixte 75x 190 cm

11 Acrylique, sable et coquillage / voile 111x140

12 est née en 1955 à Sfax. Elle poursuit des études à l'ITAAUT jusqu'à 1979 puis prépare un doctorat à l'Université Paris I qu'elle obtient en1985. Elle fait un stage en art textile à l'Ecole supérieur d'Art Visuel de Genève et se passionne pour les installations qu'elle crée à partir des potentialités du fil et du papier. Elle participe depuis 1986 à des expositions en Tunisie et en Europe et vit actuellement à Lausanne en Suisse.

13 Ilhème Ellouze est née en 1957 à Sfax, elle poursuit des études d'art plastique à Paris où elle obtient le Doctorat en 1984. Elle expose depuis 1981, année où elle obtient le premier prix d'art plastique à Saint Germain en Laye. Elle vit actuellement à Belfort (France) où elle peint et enseigne. Elle tient plusieurs expositions personnelles en France et à Tunis (Galerie de la Médina ).

14Née à Tunis en 1965, l'artiste poursuit ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis, et obtient son diplôme en 1988. En 1993, elle séjourne à Rome, où elle obtient le diplôme de spécialisation en peinture de l'Académie des Beaux-Arts et en 1995, elle fréquente l'atelier Bildzwang dans le Canton de Lucerne, en Suisse. Premier prix de la Critique , « Prix Giordano Bruno », en 1993, deuxième prix du Salon d'Automne à la Marsa en 1994, «Voile d'or » à la Biennale du Koweït en 1996, Asma M'naouar a participé à plusieurs expositions collectives en Europe et dans le monde et a tenu des expositions personnelles à Rome et à Tunis

15 Salwa Jaber est née à Sfax en 1964, elle obtient en 1987 le prix présidentielle de la promotion de fin d'études en arts plastiques à l'ITAAUT, elle continue ses études de troisième cycle à l'Académie des Beaux-arts de Florence en Italie jusqu'à la fin de 1997. Elle expose en 1989 à la Galerie Blel à Tunis. Elle continue depuis d'exposer en Tunisie et en Italie.

16Feryel Lakhdhar est née en 1965 à Tunis et a fait des études à l'Ecole Nationale Supérieur d'Architecture de Paris. Elle se consacre à la peinture mais fait aussi, en France, de la décoration pour les films, des études pour les mobiliers urbains, des aménagements d'espace public (revalorisation du centre ville de Château Chinon) ainsi que des illustrations de livres. Elle a commencé à exposer en 1986 au musée de Sidi Bousaïd et aujourd'hui adoptée par le groupe de l'Ecole de Tunis avec lequel elle expose à la galerie Gorgi.

17 Emna Masmoudi est née en 1964 à Tunis et poursuit ses études à Paris où elle obtient en 1989 le diplôme supérieur national des Beaux-Arts et en 1993 la Maîtrise d'Arts plastiques à Paris VIII, elle vit entre Paris et Tunis et tient des expositions personnelles depuis 1994 ( Galerie Driba, La Marsa ).

18 Insaf Saada est née en 1961 à Tunis et poursuit des études à l'Ecole Supérieur des Beaux-Arts de Paris (spécialité peinture). Enseignante d'arts plastiques, sa première exposition en groupe date de 1988 et sa première exposition personnelle en 1997 (Galerie Mille feuilles, La Marsa ).

19 Lisa Seror est née à Tunis en 1954 et vit à Paris où elle expose régulièrement depuis 1983. Elle a participé à plusieurs expositions en Tunisie (Centre Culturel de Hammamet en 1992, Musée Sidi Bousaïd en 1994) et en France. Son travail a été consacré par des médailles ( Médaille de la ville de Paris 1985, Médaille d'or du deuxième atelier de la Méditerranée , Sicile, Médaille de la ville de Lyon en 1988).

20 Aïcha Filali est née à Tunis ; elle poursuit ses études en arts plastiques à l'ITAAUT où elle obtient son Doctorat en esthétique. Elle dirige depuis 1995 l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis. Elle tient des expositions personnelles et participe à des expositions collectives par des installations, des céramiques et des créations de costumes inspirées du patrimoine.

21 Fadoua Dagdoug est née en 1959 à Sfax. Elle poursuit des études à l'Institut de gestion à Tunis en 1977 et travaille quelques années dans le domaine de la mode. De 1982 à 1986, elle poursuit des études d'arts plastiques à l'ITAAUT ù elle enseigne depuis 1988 ; Elle fait des stages à l'Office National de l'Artisanat et donne un enseignement de styliste à Makni Fashion. Elle expose des installations et des interventions plastiques sur le costume traditionnel depuis 1987. En 1995, elle séjourne à Lausanne où elle fait des recherches sur la plasticité du textile et participe à des expositions.

22 Emna Zghal est née à Sfax en 1970 et obtient sa maîtrise d'arts plastiques (spécialité peinture) à l'ITAAUT en 1992. Elle expose depuis 1992 en Tunisie et depuis 1995 à l'étranger. Elle obtient le premier prix d'arts plastiques de la ville de Tunis en 1995. Après un séjour à Paris, elle part aux USA où elle continue ses recherches picturales.

23 Mouna Douf est née en 1961. Elle poursuit ses études à l'ITAAUT et après l'obtention de son DEA, enseigne à l'Ecole des Beaux-Arts de Sfax. Son désir de peindre commence très tôt. Elle est surtout attirée par les abstractions chromatiques de Soulages. Elle expose depuis 1993 des tableaux de grand format où dominent les variations en noir et blanc.

24 Routbi-Drij est née en 1964 à Tunis, obtient sa maîtrise d'esthétique à l'ITAAUT en 1990 et tient sa première exposition personnelle en 1995 (Club Tahar haddad à Tunis). Elle obtient le prix du concours organisé par le CREDIF en 1993 et participe régulièrement au Salon de l'Union des plasticiens tunisiens.

25 Jamila Arous Ayoub est née en 1949 à Sfax. Elle poursuit ses études à l'ITAAUT puis continue ses études à Paris où elle obtient en 1987 un Doctorat en Sciences de l'art. Enseignante à l'ITAAUT depuis 1993, elle expose à partir de cette année là aux USA (Galerie d'Art de l'Université de Washington Seattle) et en 1994 à l'arab Center of Washington. Elle participe à plusieurs expositions de groupe à Tunis et tient une exposition personnelle en 1988 à la Galerie Blel.

26 Alya Bouderbala Bach Chaouch est née à Tunis. Elle suit des études de beaux-arts à l'Académie de Florence et de décor de télévision en France. Depuis 1966, elle réalise des décors à la télévision tunisienne et participe à quelques expositions collectives de peinture. Elle a fondé la prestigieuse Galerie de la Médina à Tunis où plusieurs femmes-peintre tunisiennes résidante en Europe ont été mieux connu du public.

27 Shéhérazed R'haiem est née en 1949 à Tunis. Elle fréquente l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis où elle acquiert une formation académique. Elle participe à des expositions collectives depuis 1983 (Galerie Ettaswir). A partir de 1985, elle tient des expositions personnelles aux galeries Chérif Fine Art, Art Mille Feuilles, etc. Plusieurs de sa peinture ont été acquises par l'Etat et exposées en Europe et aux USA. Depuis 1984, elle conçoit et réalise plusieurs affiches et logos pour des manifestations culturelles ou pour des Associations ( Ministère de la culture, Association des Femmes Démocrates).

28 Samia Zaouch est née à Tunis. Elle poursuit ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis et participe depuis 1981 à des expositions à la Galerie At-tasouir et à la Galerie de la Médina.

29 B'chira Bouazizi est née en 1964 à Sfax. Elle a reçu une formation dans les ateliers de M'hamed Mtimet, de Abderrazak Fehri et au Centre National de la Céramique Artistique de Tunis. Elle a suivi en auditrice libre les cours à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis. Elle expose depuis 1994 et obtient la médaille d'or en peinture à Bruxelles en 1996 et le grand prix de la ville de Tunis à la galerie Yahya en 1998.

30 Hayat Boutiba est née en 1937 à la Marsa. Elle prend des cours de peinture à l'école de La Vigerie à Carthage ; elle séjourne ensuite en Italie où elle obtient le diplôme de l'Académie Médicis de Florence. Elle expose depuis 1967 à Tunis et à l'étranger.

31 Kalthoum Jmaïl est née à Tunis, elle a fréquenté à partir de 1971 les ateliers Nicolas Egon (Grande Bretagne), l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles (Belgique), Académie des Beaux-Arts de la Haye (Hollande), les ateliers Mac-Avoy et Marie-Pierre Ostré de Paris (France). Elle expose depuis 1973 à Tunis et à l'étranger.

32 Meharzia Ghaddhab est née en 1934 à Tunis et expose depuis 1973.

33 est née 1943 à Ksar Essouf. Autodidacte, elle a commencé à exposer en Tunisie à partir de 1972.

34 Aïcha Ibrahim, née à Madrid de mère peintre et de père collectionneur de tableaux, elle s'initie très tôt à la peinture et fréquente des ateliers de peintres espagnols. Enseignante de français à l'Université de Tunis I, elle écrit et peint avec passion.

35 est née en 1952 à Ksar Hélal. Autodidacte, elle expose depuis 1994 dans les festivals d'art plastique (Mahdia et Sbikha) et au Centre Culturel International de Hammamet. Elle tient une exposition personnelle en 1998 à la galerie Chyem II où elle présente ses abstractions à caractère expressionniste.

36 Nabiha Gribaa est née en 1948 à Sousse, elle suit de 1973 à 1980 les cours du Centre culturel italien et expose régulièrement depuis 1977.

37 Nadia Khalfallah est née en 1959 à Sousse. Professeur de français, elle a exposé au Centre culturel italien et au Centre culturel de la Marsa

38 est née en 1968 à Bruxelles. Infographiste, elle a été motivée à la pratique des arts par ses parents. Elle a participé à des expositions de groupe (Centre al théâtro en 1997, Galerie Essaadi 1998). Sa peinture est de facture impressionniste.

39 Khaoula Chahed est née en 1950 à la Marsa. Enseignante universitaire d'anglais, elle participe aux expositions du Centre culturel italien de 1991 à 1996.

40 Tékaya Laourine est née en 1957 à Tunis. De formaion bancaire, elle participe à l'exposition « femmes » de l'espace culturel de la Marsa en 1998 avec des peintures figuratives où elle obtient un prix.

41 Kalthoum Ouslati est née en 1966 à Tunis. Infirmière de profession, elle participe à l'exposition du Centre culturel d'el Menzah 6 en 1997 et à l'exposition « femmes » de l'espace culturel de la Marsa en 1998. Sa peinture est marquée par l'impressionnisme.

42 Zniza Chérif est née en 1955 à Tunis. Femme au foyer, elle a exposé en 1997 à Dubai. Elle participe aux exppositions de groupe de l'espace Blel en 1997 et à l'exposition « femmes » de l'espace culturel de la Marsa en 1998. Sa peinture, figurative, présente paysages et bédouines.

 

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