Repenser le concept de développement

 

Mustapha Attia
Ecrivain- Tunis

 

L’expérience ainsi que les événements que vit le monde de nos jours ont démontré la nécessité de repenser le concept de développement, de centrer l’attention sur une nouvelle vision qui opte pour le développement des ressources humaines comme condition sine qua non de tout processus civilisationnel global. En effet, parmi les principales formes d’échec, que ce soit au niveau des théories ou à travers les expériences de développement qu’un grand nombre de pays du monde ont connues au cours des décennies passées, on doit citer en premier lieu l’incapacité de ces pays à mettre à profit leurs potentialités de manière optimale, ce dont résulte leur inaptitude à édifier un potentiel autonome de développement au profit de leurs sociétés. Cet échec est aussi imputé au fait d’avoir négligé l’aspect humain avec tout ce qu’il implique comme dimensions intellectuelle, culturelle, spirituelle, sociale et bien d’autres encore, en rapport avec les valeurs humaines comme la liberté, la solidarité et la tolérance. Ajoutons à ces causes le peu de cas fait des handicaps corrélativement latents, comme la ségrégation entre l’homme et la femme et le fait de laisser pour compte les systèmes éducatifs, sanitaires et culturels. Ces facteurs n’ont pas un effet direct uniquement sur les individus et sur leur sécurité sociale, ils sont également l’obstacle principal sur la voie du développement dans toutes les acceptions du terme. La forme la plus courante de méconnaissance de l’importance du développement humain se manifeste dans ces pratiques d’exclusion qui établissent le caractère atavique de la pauvreté dans des zones ou des régions données et l’inaptitude de telle ou telle catégorie à servir à quoi que ce soit, avec ce que cela implique comme conséquences engendrant déception et frustration et des fardeaux supplémentaires pour la société qui sera ainsi privée des apports d’une large fraction de son potentiel humain.

L’un des arguments attestant que la Tunisie a la capacité de réagir positivement et rapidement aux événements qui surviennent dans le monde est qu’il a été pionnier, en matière de réajustements, de réformes et d’assimilation dans le nouvel environnement mondial, sur la base d’une complémentarité des politiques et des programmes de développement, avec une vision prospective qui oeuvre à long terme. Elle a ainsi pris l’initiative d’ancrer ces nouvelles valeurs dans la notion de développement, de créer un équilibre entre les composantes de l’action de développement dans sa globalité ; composantes dans lesquelles l’aspect social évolue au même rythme que les autres aspects, économique et politique. La Tunisie a porté un intérêt particulier aux domaines sociaux, car ils sont les fondements essentiels des droits de l’homme, en prenant grand soin des secteurs de l’éducation, de la santé, de la formation et de la culture, tant il a la certitude qu’il n’y a pas plus grand danger pour les peuples que les pratiques d’exclusion, la prolifération des foyers d’ignorance, la dégradation des services sanitaires, le dérèglement des méthodes éducatives et l’épuisement des filières de formation. C’est justement sur cette base que les comptes-rendus nationaux et internationaux sur le développement humain, avec ce qu’ils comportent comme chiffres, rapports, indicateurs et preuves, sont à même de refléter clairement l’importance des résultats enregistrés dans ce domaine.

Mais il n’en reste pas moins vrai que nous autres écrivains, gens de l’information et de la culture, créateurs et intellectuels, nous n’arrivons pas à suivre la cadence des réalisations dans notre pays. Nous nous contentons la plupart du temps de nous faire spectateur passifs devant les grandes initiatives, les prises de positions historiques et les approches pertinentes.

En effet, si nous laissons les chiffres parler d’eux-mêmes, nous constaterons l’ampleur des progrès qu’a accomplis la Tunisie pendant les deux décennies de réformes, de changements et de modernisation. En effet, le PNB a quintuplé, dans cette courte période de temps. Le revenu individuel moyen s’est élevé à 6000 MD, alors qu’il n’était que de 960 D seulement en 1986. Cela veut dire qu’il a été multiplié par six. Plus de deux millions nouveaux postes de travail ont été créés. La part du secteur des services a atteint les 65 % et le taux de pauvreté a été réduit comme jamais auparavant dans un pays en développement, puisque la pauvreté a été circonscrite, avec un taux ne dépassant pas 2 % des habitants. La classe moyenne, garantie de stabilité et de bien-être, s’est également développée pour atteindre les 80 % de la population. Ajoutons à cela que 4/5, soit 80 %, des Tunisiens sont propriétaires de leurs logements. En même temps, le taux des habitations de fortune a baissé à 0,5 %. Parmi les autres succès: la femme, qui représente désormais 26,6 % de la population active, 24 % des hauts fonctionnaires, 27 % des juges, 31 % des avocats, 40 % des universitaires et 34 % de journalistes.
En outre, l’espérance de vie à la naissance s’est allongée pour dépasser de nos jours 75 ans. Le nombre de médecins a atteint le taux honorable d’un médecin pour 1000 habitants.

La masse des transferts sociaux réservés aux différents secteurs n’a cessé d’augmenter. Ils ont été multipliés par quatre, ce qui permet d’offrir à chaque famille un complément de salaire indirect consistant.

Le fait de rappeler la masse des transferts sociaux dont bénéficient les différents secteurs sociaux et qui a atteint environ 20% du PNB, nous permet de constater l’ampleur de l’effort que fournit l’État dans ce domaine et la qualité de l’orientation réformiste intégrale promue par ce «petit pays», qui a conçu ce programme civilisationnel avant-gardiste en entourant le citoyen tunisien et son progrès du maximum de sollicitude, à tous les niveaux, étant le principe et le but du développement. Le modèle tunisien est désormais cité en exemple. C’est ainsi que le projet de développement humain relevant du programme des Nations Unis pour le développement a classé la Tunisie à la tête des pays qui sont parvenus à concilier, dans leur développement national, entre les paramètres quantitatifs à caractère économique pur et les autres paramètres qualitatifs se rapportant aux libertés et aux droits sociaux et culturels.

 

 

 

 

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