21ème anniversaire du Changement

« Réussir les exigences du réformisme et les impératifs de l'identité nationale » 

Nizar Ben Saad
Universitaire
- Tunis

Nous sommes à l'aube d'une année de décisions et à bien des égards d'une année décisive. Quelles sont les grandes orientations qui nous guident aujourd'hui et qui nous guideront au cours des années futures ? Comment, face à l'actuelle crise économique et financière qui ébranle le système mondial, pouvons-nous conforter l'image reluisante de la Tunisie , en faire un modèle de dialogue et de tolérance, un pays en plein essor économique, social et culturel ?

Ayant une identité ouverte, la Tunisie ne peut vivre qu'au croisement de multiples influences. Partie intégrante du monde arabe et de l'Occident, elle se trouve au cœur des débats de la Méditerranée. Cette accumulation reflète sans doute la diversité culturelle d'un pays qui a contribué à la pensée universelle à travers l'apport de ses hommes et de ses penseurs. En percevant le culturel non d'un point de vue conflictuel, mais plutôt sous l'angle du dialogue et de l'interculturalité, la Tunisie n'a cessé de revendiquer, avec cran et ardeur, le principe sacro-saint de la différence. Pétrie du souci de préserver ses spécificités et d'affirmer sa singularité, elle fait montre de tolérance, de rationalité et d'ouverture. Cette question est particulièrement prégnante dans l'esprit du pouvoir politique. Elle confirme pleinement le sentiment du Président Ben Ali qui rappelle : « Depuis l'antiquité, Socrate avait compris qu'il était responsable envers sa Patrie et envers le monde, lorsqu'il avait dit : "Je ne suis ni athénien ni grec, mais citoyen de ce monde ».

Une culture en symbiose avec l'Autre

Persuadé que défendre la culture c'est avant tout défendre une conception de la société et que sans cette conscience, l'épanouissement d'aucune civilisation n'est possible, l'initiateur du Changement n'a lésiné sur aucun effort visant la promotion des spécificités culturelles et civilisationnelles du pays.

Pour les prémunir contre le mimétisme stérile et l'égarement destructeur, il s'est appliqué à rétablir l'équilibre entre les aspects économiques et les aspects culturels du développement, en considérant que les seules forces du marché ne peuvent garantir la préservation de la diversité culturelle. Aussi, face à la violence et aux injustices intolérables engendrées par l'actuelle mondialisation sous l'égide du capitalisme financier, la Tunisie nouvelle oppose énergiquement le dialogue, l'égale dignité de chaque être et de chaque culture. En dénonçant les idéologies du combat et de l'exclusion de l'Autre, elle s'emploie, avec constance et vigilance, à mener une politique d'avant-garde axée sur des valeurs faisant de l'identité culturelle un vecteur d'échange des connaissances et du savoir-faire ; une culture spécifiquement tunisienne plaidant en faveur d'un islam intégrateur et compréhensif. C'est pourquoi, la Tunisie ne cessera de vilipender toute assimilation entre l'Islam et les idéologies intégristes qui s'en réclament, et qui sont la négation même de son message spirituel.

Pour le Président Ben Ali, le politique ne saurait se détacher de l'éthique. Toute action s'inscrit ainsi dans un humanisme inaliénable :  « L'histoire universelle témoigne que les crimes les plus atroces commis contre l'humanité se sont appuyé le plus souvent sur le sentiment de supériorité raciale, civilisationnelle ou culturelle, et ont perdu de vue que les êtres humains naissent tous libres et égaux, quelles que soient leurs couleurs, leurs races et leurs religions ».

Le temps est donc venu pour l'élite militante de se réunir autour de ces mêmes objectifs, en vue d'opérer une relance civilisationnelle, basée sur une planification soignée et sur l'usage des moyens nécessaires et des méthodes adéquates. Il est éminemment vital de mener une action sérieuse allant dans le sens de la réalisation du développement suivant des procédés rationnels et dans le cadre des constantes de la culture tunisienne afin de contrecarrer une mondialisation qui exerce de plus en plus son emprise sur les peuples et tend à annihiler leurs identités et leurs spécificités civilisationnelles. Comme l'a toujours été à la pointe de l'action culturelle, l'intelligentsia tunisienne est vivement appelée à militer par le verbe et par la plume, de prendre des positions dignes et honorables pour le triomphe du droit et de la justice, de la dignité de l'homme et de sa liberté et pour que prévalent les valeurs et les idéaux de l'humanité tout entière. Une intelligentsia capable de penser et de repenser le nouvel ordre universel aux causalités sans doute contraignantes. Une intelligentsia à même de valoriser le concept de raison éclairée, d'inciter à la quête du savoir et à la mise de ses méthodes et moyens.

L'économie du savoir, un projet de société

Sans doute, la réalisation de l'Etat de droit implique un certain niveau d'éducation et de développement socio-économique. Le chef de l'Etat en est conscient : « A l'heure où nous entrons véritablement dans la société du savoir, avec les profondes transformations qu'elle entraîne dans les destins toujours plus imbriqués de nos pays développés, notre ambition est de conclure un nouveau pacte entre la recherche et la Nation , entre les chercheurs et la société ».

Ce défi, nous le connaissons bien et nous allons y répondre pleinement, avec le développement des langues vivantes, l'imprégnation des technologies modernes, avec plus d'accompagnement méthodologique et une orientation disciplinaire plus large en vue d'entrer de plein pied sur le marché de l'emploi. Nous le savons, la recherche appelle des talents et de nouvelles forces. Des mesures ont été prises, mais il faudra naturellement aller plus loin en valorisant l'articulation entre le monde de la recherche publique et l'entreprise. Cela demande de la part de nos universités, de nos organismes de recherche et du secteur privé une ouverture accrue vis-à-vis du monde de la recherche.

A n'en pas douter, la recherche scientifique et technologique relève de l'intérêt public supérieur. Elle est la fierté d'une nation, un des atouts privilégiés pour l'avenir. La Tunisie en fait un espace de liberté et d'autonomie, un facteur d'espoir qui permettra de maîtriser les dérives d'une économie toujours plus mondialisée.

Cette année, la rentrée universitaire coïncide avec la célébration du cinquantième anniversaire de la création du Ministère de l'enseignement supérieur. Un bilan s'impose. Grâce à des réformes multiples, l'université tunisienne a réussi la gageure de se mettre au diapason des systèmes éducatifs internationaux afin de répondre aux exigences des transformations profondes observées dans le monde et de relever le défi de la compétence, de l'employabilité et de l'ouverture.

Si nous avons refondé l'université, c'est surtout pour offrir à nos étudiants des formations plus proches des besoins du monde du travail. C'est pourquoi la « nouvelle loi sur l'enseignement supérieur » vise à consacrer de nouvelles missions de l'université, missions essentielles, telles que la liberté et la responsabilité, l'orientation et l'insertion professionnelle, l'autonomie et la contractualisation.

L'idée fondamentale voir fondatrice de cette nouvelle loi est de faire de l'économie du savoir le socle de notre développement, en plaçant l'innovation au cœur de nos politiques de croissance, de compétitivité et de bien-être.

L'œuvre de progrès entreprise par la Tunisie a sans doute porté ses fruits. Une génération nouvelle, instruite et fortement imprégnée des idées généreuses dont elle est le véhicule, se trouve aujourd'hui en état de prendre sa place dans la rénovation qui s'y accomplit. C'est pourquoi nous sommes plus que jamais appelés à défendre les acquisitions du pays, sa liberté et sa distinction, à rassembler toutes nos énergies et à agir dans le cadre du respect de nos constantes nationales et des valeurs républicaines. Ainsi, nous ne faisons qu'une chose : offrir aux nouvelles générations de nos étudiants la promesse d'un enrichissement intellectuel et personnel, à la hauteur de l'héritage culturel et scientifique de la Tunisie nouvelle.

 

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