La culture de la qualité refonde le contrat social

Jamil Chaker
Universitaire -Tunis

A une époque de désaffection quasi générale du politique, la Tunisie connaît une forte présence citoyenne dans la vie politique du pays. Quels seraient les grands signes de cette dynamique de la vie politique tunisienne ? Comment l'expliquer ? Quel en serait l'impact sur les années à venir de notre pays ?

La routine de la vie politique génère des attitudes d'indifférence. Quand le Citoyen se sent faiblement concerné par le discours politique, soit que le discours expose des utopies trop coupées du réel, soit qu'il adopte les fausses promesses et reste, comme on dit, de nature électorale, il adopte des attitudes de rejet ou simplement d'indifférence. Il devient politiquement impassible, froid, flegmatique. Il peut basculer dans la pensée conspiratrice, dans l'extrémisme.

Le Président Ben Ali a injecté de la passion dans une vie politique, qui, à la veille du Changement, était complètement léthargique, sclérosée. Considérant que la chance de la Tunisie était de devenir progressivement un pays émergent, avant de rejoindre les pays les plus développés, il a opté pour le modèle politique de la perfectibilité. Ce qui a projeté le pays dans un processus d'amélioration et de réforme, érigeant le Changement en valeur politique clé.

Il est certes difficile d'évoquer en quelques lignes les mutations de plus de deux décennies de changement. Ce qui a été convenu d'appeler « L'ère nouvelle » est en fait une œuvre de renouveau, un foisonnement d'idées, un souffle collectif d'envergure qui a doté la Tunisie d'une somme considérable d'acquis, touchant tous les domaines de la vie. La pensée, l'approche, le discours et l'action politiques ont totalement changé. C'est une époque de mouvement, de réforme, de démocratie, qui, tout en retenant les acquis positifs de la jeune République, a mis fin aux travers d'un système politique décadent.

Chose curieuse, cette période, marquée par d'importantes mutations culturelles, n'a pas inquiété les Tunisiens. Elle a suscité en eux tout leur potentiel inventif et l'a mis à contribution. Chaque citoyen a compris que l'avenir et la réussite appartiennent dorénavant au mérite et à l'aptitude à l'autodépassement.

Cette prise de conscience a d'abord touché les milieux professionnels. Ceux-ci, confrontés aux écueils de la mondialisation, ont compris, depuis 1995, avec la signature de l'accord d'association de la Tunisie avec l'Union Européenne, que le seul salut est dans leur émancipation du réflexe protectionniste, dans l'ouverture sur le marché international et surtout l'adoption d'une approche – qualité et d'une mise à niveau systématique.

Aujourd'hui, le résultat de cette politique est évident avec un taux de croissance de 5.5 à 6% et une capacité à l'innovation qui commence à se mettre en forme et à s'instaurer comme un challenge essentiel. La coopération entre les professionnels, les universitaires et les chercheurs ne fait que se renforcer. En 2005, le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la technologie signe un accord de partenariat avec l'UTICA. Depuis, la collaboration entre universités et entreprises économiques ne cesse de se conforter. Des licences co-construites par les enseignants chercheurs et les industriels ont vu le jour pour la première fois. Les 400 licences appliquées du système LMD associent les professionnels. Les centres techniques sollicitent les structures de recherche. Une véritable synergie entre les acteurs de l'économie et de la recherche se crée.

Pour la première fois dans l'histoire de notre pays, le Président Ben Ali introduit le concept d'innovation technologique dans le discours politique et dans la vision de la nouvelle économie. Un réseau de technopôles et de pépinières d'entreprises est créé pour faire de la Tunisie un pôle régional de services de haut niveau et un espace de maîtrise des nouvelles technologies et de leur intégration dans l'ordre économique et social.

Cette démarche qui visait à habiliter l'industrie tunisienne, à la moderniser, en lui inculquant les normes internationales de qualité, est devenue progressivement l'approche systématique, modèle dans tous les secteurs. C'est ainsi que le système de certification ISO et de labellisation est entré dans les traditions tunisiennes.

Le programme présidentiel Pour la Tunisie de demain entend profondément ancrer la culture de la qualité dans tous les secteurs. C'est une révolution culturelle tranquille qui est en train de mettre tous les secteurs en phase avec les normes de qualité mondialement établies.

Car la qualité n'est pas forcément très bien faire quelque chose. C'est une culture nouvelle qui consiste à définir avec précision un projet, des objectifs et à caractériser les voies et les moyens susceptibles d'atteindre les finalités. Bien évidemment, l'itinéraire d'ensemble est censé réaliser des objectifs de perfectionnement, mais échelonnés dans le temps et évalués en termes quantitatifs et financiers.

L'Etat tunisien a décidé de tenter des expériences pilotes de la gestion par objectifs (GPO). Le secteur de l'enseignement supérieur a été sélectionné pour cette approche de bonne gouvernance qui donne davantage de transparence, de rigueur, et de redevabilité au système de gestion.

Quand ce modèle aura été généralisé, un palier sera vigoureusement franchi par le système de gestion. On gagnera en visibilité en termes d'objectifs, de lisibilité en matière de système de dépense. On sortira de la gestion monotone pour aller vers un système prospectif, visionnaire.

Par la nouvelle loi qui le régit (celle du 25 février 2008), le secteur de l'enseignement supérieur s'engage dans la voie de la contractualisation. Désormais, chaque institution universitaire est appelée à élaborer son projet pour une période de quatre ans. Le financement qui lui sera attribué tiendra compte de cette vision, et du degré de compatibilité entre les objectifs et les priorités nationales.

Cette démarche est essentielle. Elle implique tous les enseignants chercheurs dans cette conception d'une stratégie de développement de l'établissement à moyen terme. La gestion ne se contentera plus du traitement des questions courantes, mais prendra du recul par rapport au réel, pour introduire une vision, un projet.

Cette attitude est exemplaire. Elle projette l'institution dans un devenir conçu et assumé par tous les acteurs qui en relèvent. Le Chef de l'Etat veut que tous les secteurs se comportent selon cette même approche. Car telle est le fond même, l'essence de la démarche qualité.

Avec un état d'esprit ainsi animé d'ambitions minutieusement étudiées et d'objectifs établis sur le mode consensuel, la Tunisie pourra relever les défis auxquels elle est aujourd'hui confrontée. Elle gagne en clarté dans les programmes futurs, et en positionnement stratégique international.

Telle est la Tunisie de demain que le Président Ben Ali est en train de préparer. Ce que nous avons dit de l'institution s'applique à l'individu. Que chaque citoyen sache exactement ce qu'il veut. Qu'il se crée et se réinvente selon les besoins de la société, les progrès de la connaissance et de la technologie. Qu'il évite de se figer dans des certitudes qui ne correspondent plus à rien. Qu'il ait l'aptitude à s'adapter et à se mesurer par rapport aux normes.

C'est un pacte de confiance. Avoir confiance en soi en comptant essentiellement sur son propre potentiel. Avoir confiance en la capacité de l'institution à laquelle on appartient pour qu'elle améliore son rendement et sa compétitivité. Les valeurs individuelles et collectives convergent dans la même exigence de qualité.

Avec l'ancrage de la culture de la qualité, le Président Ben Ali refonde le pacte social. Il le motive sur la base du mérite, de la créativité et de la capacité à se positionner par rapport à des standards internationaux.

 

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