Le choix développementaliste : la pertinence d’un modèle

 

Chedly Hamrouni
Rédacteur en chef -Tunis

La problématique du développement et la mise en place des fondements d’une vie sociale évoluée impliquent une amélioration continue du droit de l’homme  au développement et à une vie décente. Le développement n’est-il pas la condition préalable de l’exercice de tous les droits de l’homme et de la démocratie ? Peut-il y avoir des droits de l’homme sans développement humain intégral, tout comme une démocratie véritable sans droit au développement? Peut-on reconnaître le droit de l’homme à la participation politique  et à l’expression de ses opinions sans action contre les injustices, les exclusions et les marginalisations ? N’est-il pas significatif des évolutions des opinions dans le monde que soit apparue à l’ONU la revendication d’un droit au développement, posant la responsabilité des pays développés pour consacrer plus de moyens pour aider à faire sortir la tête de l’eau à l’autre moitié de l’humanité qui souffre et de la misère et des guerres «locales » sanglantes qui en découlent ?

Les éléments de cette problématique invitent à cerner la force des notions de dignité, de justice, de solidarité, de partenariat homme/femme, de développement humain intégral et harmonieux qui se présentent comme l’absolu de la démocratie sociale en Tunisie. De ce fait, le choix social se donne en permanence les formes sociales, politiques et culturelles qui en font une option dynamique  et ouverte sur l’avenir. C’est ce qui donne toute leur consistance aux énoncés relatifs au modèle développementaliste  dans le programme électoral « Ensemble relevons les défis », 2009-2014., selon lesquels, «le projet du changement est fondé sur une société stable, paisible et solidaire, sans exclusion de région ou de catégorie sociale que ce soit, sans écarts de développement ; une société qui offre à tous, les opportunités de réussite. Nous avons oeuvré, dés le départ, à assurer à tous les Tunisiens, sans exception, les attributs de la dignité ; et notre pays a réussi à se placer aux premiers rangs des pays du monde pour ce qui a trait à l’importance de la classe moyenne qui représente, aujourd’hui, plus de 80% de la population.». [1]

Placés en préambule du troisième point du programme électoral du Président Ben Ali  pour la période à avenir, ces énoncés axiologiques et programmatiques résument avec clarté et éloquence  à la fois l’essence et les ambitions  du projet politique et sociétal de la Tunisie moderne qui a choisi comme modèle de progrès, un développement social d’intégration totale et de cohésion sociale, fondé sur la centralité de l’individu humain et de son bonheur dans toute démarche, la distribution juste et équitable des richesses et des dividendes de la croissance , l’égalité des chances face à toute aspiration à l’accomplissement individuel loin de toute forme de servilité et de soumission.

  Ces énoncés à travers lesquels se décline un programme ambitieux qui renferme les éléments constituants d’une politique foncièrement humaniste renvoient si besoin est, à la somme des idées fondamentales et fondatrices qui ont servi de soubassement à tout le processus de reformes  engagées au cours des deux dernières décennies et qui ont permis à la Tunisie de rejoindre le peloton des pays émergents.

  Au fond, tous ces énoncés viennent consolider les options fondamentales qui visent l’accomplissement  dans le progrès et l’épanouissement des Tunisiens individuellement et collectivement loin du spectre des privations, de l’exclusion ou encore de l’enfermement. Autrement dit, l’objectif de la praxis politique reste  la primauté de l’Homme dans toutes les démarches et les politiques sectorielles à entreprendre et la garantie de l’ensemble de ses droits fondamentaux  en corrélation avec les grandes valeurs  et tous les attributs de l’Etat de droit et de justice sociale.
  Prospectifs mais aussi pragmatiques, tout en balisant la voie de l’avenir pour plus d’acquis et de réalisations, les vingt quatre axes du Programme électoral «Ensemble relevons les défis» consacrent des choix majeurs qui ont fait du modèle Tunisien une exception dans un monde en proie aux crises et aux désenchantements . Ils réaffirment sans équivoque une volonté souveraine et une détermination politique forte à franchir la dernière ligne qui nous sépare du peloton des pays développés en relevant les défis majeurs de l’étape dans tous les domaines et dans tous les secteurs. C’est, donc, un programme de grande ambition et d’un grand réalisme dans la mesure où il  constitue le porte-voix de l’ensemble du peuple tunisien et où il reflète toutes les aspirations des toutes les forces vives du pays à intégrer la modernité active et à y participer activement et positivement. 

La démarche tunisienne a été régulièrement citée en exemple par les institutions internationales en charge du  développement. Dans ce sens, la Tunisie a été  classée dans de nombreux  rapports sur le développement humain parmi le groupe des pays qui assurent à leurs citoyens un développement humain harmonieux, tenant compte à la fois des critères quantitatif et qualitatif à savoir, l’enseignement, le travail, la sécurité sociale, la santé, le logement et la nourriture d’une part, la liberté et la démocratie sous tous leurs aspects d’autre part. Et  c’est par la démocratie sociale, par la conquête de nouveaux droits, par la promotion de la solidarité  que le pays  jette les bases d’un monde d’épanouissement humain, celui de la justice, du respect de l’environnement, de la lutte contre les inégalités, de  la création de l’emploi et  de la formation.

Parmi toutes  les grandes orientations du projet sociétal, les observateurs étrangers retiennent, notamment, la valorisation des ressources humaines  par la maîtrise de la formation, la qualification et la promotion de l’emploi; l’encouragement des investissements nationaux et étrangers dans les secteurs économiques, garantie de taille pour une économie dynamique et performante créatrice de nouvelles richesses ; la solidarité et le partage des fruits de la croissance économique ; le rôle agissant de  la femme dans le processus de développement  humain et  social  et enfin la maîtrise des technologies de l’information et de la communication. [2]

 

Droit des régions au développement

  Chaque région sans exclusive aucune a bénéficié d’une politique ciblée conformément aux attentes et aux aspirations de sa population. Cette politique est perceptible à travers les multiples acquis dont les effets ont généré plus d’emploi et amélioré les conditions de vie des citoyens partout dans le pays y compris dans ses zones les plus reculées désormais parfaitement intégrées dans le circuit économique national ainsi que dans  la dynamique générale de développement et de progrès.

  Dans le centre ouest le volume des investissements dans le secteur public est passé de 641,8 MD au cours du 7ème plan de développement à 1169,0 MD au cours du 11ème plan de développement. Les investissements du secteur privé grâce aux encouragements de l’Etat et à la promotion de l’environnement économique général dans les régions est passé pour la même période et plans de 238,3 MD à 1029,8 MD.

  Dans le Nord Ouest, région qui a souffert elle aussi de grandes insuffisances qui ont freiné dans le passé son élan de développement, les investissements ont enregistré une nette évolution qui explique le développement spectaculaire de toutes ses villes et localités. Ainsi de 699,4 MD au cours du 7e plan le volume des investissements est passé à 1439,0 MD au cours du 11ème plan. Cette même courbe ascendante est touché les investissement du privé qui est passé pour la même période de 414,1 MD à 1507MD, une nette progression qui reflète la vitalité et le dynamisme de l’activité micro et macro économique de cette région.

 
Un seul indicateur  suffit pour décrire la métamorphose qui a eu lieu dans le sud tunisien puisque le volume des investissements publics est passé de 723,4 MD au cours du 7ème plan à 3495 MD pour le 11ème plan. Des chiffres éloquents qui reflètent l’engagement de l’Etat et attestent de  l’ampleur des réalisations et des acquis qui constituent le ciment d’une société d’équilibre et de cohésion.

Le droit au bien être

  Les  acquis enregistrés ont amélioré les conditions de vie de l’ensemble de la population et ont permis aux Tunisiens dans leur totalité de profiter du confort et du bien être. Durant les deux décennies le volume des dépenses et des transferts sociaux s’est multiplié par six pour atteindre le volume de 9845,6 MD en 2008 essentiellement orienté vers des investissements dans les domaines de l’éducation de l’enseignement supérieur de la formation professionnelle de la sécurité sociale et de santé publique passant de 44,1% en 1986 à 61,0% en 2008.Les transferts sociaux par ménage et par mois est passé d’une moyenne de 81 dinars en 1986 à 333 dinars en 2008. La politique mise en œuvre par le gouvernement en matière de santé publique a eu des résultats escomptés puisqu’elle a eu pour effets le passage de l’espérance de vie de 51ans en 1966 à 74,6 ans actuellement. Ce qui en dit long sur la qualité des soins et la prise en charge dans les hôpitaux ainsi que sur la qualité de vie de l’ensemble des citoyens. Force est de relever qu’en Tunisie grâce à la généralisation de la couverture sociale, tous les citoyens profitent de la même qualité des soins sans discrimination, ni favoritisme.

  Contrairement aux chantres du nihilisme et aux professionnels de la désinformation, la Tunisie a réalisé l’un des plus grand défi de toute société à savoir la création d’une classe moyenne qui représente aujourd’hui plus de 80% de la population. Aussi, l’émergence d’une telle classe moyenne homogène et équilibrée est sans nul doute l’aboutissement heureux et logique d’un choix de société  fondé sur la dialectique des valeurs de l’humanisme  et du progrès.

Sans aucun esprit d’autosatisfaction, la volonté politique a fixé de nouveaux objectifs  qui sous-tendent les vingt quatre points du programme électoral «Ensemble relevons les défis» pour consolider davantage les acquis en matière de droit au développement. Ces objectifs permettront de tirer profit des avantages de la mondialisation et de se prévenir de ses effets négatifs nuisant à l’exercice des droits de l’homme et au développement humain. C’est dans cette perspective, qu’on peut saisir en toute objectivité  «l’évolution du pays, en mesurant le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir, en pesant les atouts et les risques» [3]

pour connaître et faire connaître la «vraie Tunisie. Un pays qui progresse résolument sur la voie de la modernité, un pays qu’il faut encourager, respecter», [4] selon les mots de François Bécet. 

 

[1]-Président Zine El Abidine Ben Ali, Programme électoral «Ensemble relevons les défis», 2009-2014, octobre 2009

[2]-Cf. Nawaf Erroumi, L’intégration de l’économie tunisienne dans la mondialisation dans l’ère de Zine El Abidine Ben Ali , Imprimerie Officielle de la République Tunisienne , 2006, 362 pages

[3]- François Bécet, Tunisie, porte ouverte sur la modernité, Editions Le Cherche Midi, 2009, p. 9

[4]- Ibid.

 

 

 

 

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