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La dialectique du développement politique et du développement économique et social en Tunisie
Pr. Raouf Laroussi
Universitaire -Tunis
I- La dialectique, dans l’absolu
Le sujet de la dialectique entre le politique d’une part et l’économique et social de l’autre est immense. Faut-il l’aborder de manière académique ou bien essayer de le rapporter à un contexte particulier?
Faut-il examiner l’évolution historique des sociétés humaines, analyser les différents systèmes de gouvernement dans le monde et oser des comparaisons et des synthèses ?
Les questions relatives à l’interaction entre la gouvernance en tant qu’ensemble de principes et d’outils de gestion de la Cité et les conditions matérielles et humaines voire spirituelles d’un peuple, toujours reposées dans de nouveaux termes, ne peuvent faire l’objet d’une entreprise lapidaire ! D’aucuns diraient que, dans le monde contemporain, le modèle politique réussi de cette interaction est la démocratie, sous-entendu la vision occidentale de la démocratie. Mais la démocratie, dont l’imaginaire collectif des peuples se fait une représentation de système supérieur de gouvernance, reste un concept abstrait dont les manifestations concrètes sont fortement controversées. En particulier, ce concept, avec la fin de la guerre froide, est devenu un outil et un prétexte de domination intellectuelle, culturelle, économique et militaire voire d’un nouvel impérialisme.
En effet, démocratie et droits de l’homme sont devenus l’arme idéologique des puissances dominantes du monde. Les exemples récents de leur usage pour justifier des guerres dont il faudrait chercher les véritables mobiles ailleurs ne manquent pas.
La puissance de l’information, démultipliée par l’explosion des performances des nouvelles technologies de communication permet, dans ce contexte, à ceux qui les détiennent de façonner les esprits et d’orienter les opinions publiques conformément aux stratégies élaborées pour réaliser leurs desseins.
Et ce n’est pas un hasard si ceux là mêmes qui détiennent les principaux organes d’information du monde tirent, dans une parfaite harmonie, les ficelles d’une géostratégie bien intéressée aux multiples facettes : culturelle, économique, politique et militaire … Ceci, pour les manifestations « extérieures » de la démocratie. Quant à l’intérieur des pays communément dits démocratiques, de multiples questions se posent sur l’accaparation des organes d’information par des groupes de pression, la relation entre le capital et le pouvoir, la solidarité sociale, les droits des travailleurs, des minorités et des immigrés, etc.
… Les manifestations concrètes du modèle démocratique sont fortement controversées !!
II- La dialectique dans le contexte tunisien
Dans le contexte de cette vision générale, on se contentera, dans la suite, de focaliser l’examen de la dialectique entre le développement politique et le développement économique et social sur le cas de la Tunisie.
Cette analyse s’appuiera sur le chemin parcouru par le pays depuis son indépendance et sur la vision de son avenir telle que proposée par Ben Ali dans son programme « ensemble relevons les défis ». Elle sera menée en tenant compte du contexte de la mondialisation avec le lot d’échanges instantanés de l’information et le brassage planétaire qu’elle provoque. Et, in fine, cette analyse aura pour objectif de scruter l’horizon du devenir de la nation et de présager les pistes d’un avenir meilleur.
1-1 Des acquis
La Tunisie a adopté dès son indépendance une politique économique et sociale basée sur le développement humain avec trois composantes essentielles à savoir la scolarisation gratuite et obligatoire, la généralisation des services de santé publique et la promotion de la condition de la femme.
Ainsi, la Tunisie compte aujourd'hui près d'un quart de sa population dans les écoles, les lycées et les universités et le nombre d'étudiants de la tranche d'âge 19-24 ans est d'environ 37%. Dans le domaine de la santé qui est doté de plus de 7 % du budget de l'Etat, on enregistre une augmentation de l'espérance de vie qui est aujourd'hui d'environ 74 ans et une baisse de la mortalité infantile qui a été réduite à 18,4 ‰ des naissances en 2007. En outre, le contrôle des naissances a permis le passage d'un taux de fertilité de 7 enfants par femme de la tranche d'âge 15-50 ans en 1960 à un taux de 2 enfants par femme en 2005. La femme tunisienne bénéficie de droits exceptionnels dans l'environnement arabo-musulman grâce au Code du Statut Personnel (CSP) proclamé à l'orée de l'indépendance et qui a constitué, dans le contexte où il fut adopté, un véritable coup de force qui trancha radicalement avec la vison qu'avait de la femme une partie importante de la société et certaines composantes influentes des cercles politiques et religieux. Il a fallu la conviction profonde et le courage politique du leader Habib Bourguiba pour forcer le destin et donner à la femme ses droits fondamentaux. Ces dispositions ont été renforcées à partir de1987 par le Président Zine El Abidine Ben Ali, coupant court aux aspirations des nostalgiques d'une société où la femme est reléguée à une condition d'infériorité. Les résultats de ces choix se traduisent aujourd'hui par les performances remarquables de la femme tunisienne : près de 60% des étudiants, une majorité parmi les médecins et des femmes actives dans tous les secteurs administratifs, économiques, sociaux et politiques. Cet effort qui s’est prolongé durant près d’un demi-siècle et qui a transformé radicalement le paysage humain du pays s’accompagne, ces dernières années, par une accélération du développement économique qui vise à hisser la Tunisie au rang de pays avancé. Les avancées sociaux-économiques de la Tunisie trouvent leur écho dans les classements des organisations internationales qui la placent à un niveau honorable et souvent pionnier parmi les pays arabes et africains. Ces acquis sont réalisées grâce aux efforts des tunisiens, à l’élévation de leur niveau d’éducation et de formation et à l’amélioration de leur condition sociale et de leur environnement vital. Ils sont aussi le fruit d’une stabilité politique et d’un climat de sécurité propices au développement des projets économiques et, particulièrement, à l’attraction des investissements directs étrangers. Cette stabilité et cette sécurité ne sont pas faciles à réaliser pour un petit pays, arabo-musulman, dans un monde ébranlé par la montée des extrémismes nourris par le vide idéologique créé par la fin du communisme, l’apparition de nouveaux dogmes prônant le choc des civilisations et un certain retour du religieux et notamment de l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques. Toutefois, à l’aune du modèle démocratique occidental, le développement politique de la Tunisie et particulièrement le processus démocratique peut sembler lent et dissemblable à celui de l’occident. Le juger ainsi, c’est manquer de réalisme et faire abstraction du contexte socioculturel local et du poids de l’histoire. Il est, en effet, illusoire de croire que le modèle démocratique occidental peut être livré sous la forme d’un package qu’on greffe sur n’importe quel environnement humain. La bonne gouvernance d’un pays ne peut être que le résultat d’un lent processus de construction dans un dialogue permanent entre un peuple et ses élites. Elle ne peut, en aucun cas, sous quelque vocable que ce soit, être importée. La bonne gouvernance passe par le renforcement des élites. La Tunisie s’y est attelé depuis un demi siècle. Une partie du chemin est parcourue …
2-2 Lecture dans le programme « ensemble pour relever les défis »
Contrairement aux deux programmes électoraux précédents qui s’ouvraient sur le thème de l’emploi, celui là commence par le chapitre consacré à de nouveaux pas sur la voie de la démocratie et de l’enracinement du pluralisme.
Sans retirer son importance à l’emploi, qui constitue une priorité absolue, le choix de commencer le nouveau programme électoral par le volet réservé à des mesures purement politiques constitue un indice du souci d’accompagner l’évolution économique et sociale du pays par de nouveaux pas sur le chemin de la bonne gouvernance.
Ainsi ce volet insiste sur les efforts qui seront déployés pour renforcer le pluralisme, soutenir les partis politiques dans leur effort d’encadrement des citoyens, aider les journaux d’opinion, enraciner la liberté d’expression et encourager les activités des organisations de la société civile.
Cette démarche s’inscrit dans la logique du renforcement du rôle des élites dans l’édification d’un paysage politique participatif et ouvert à toutes les sensibilités. La bonne gouvernance passe par le renforcement du rôle des élites, notamment, celles engagées dans des partis politiques, des organisations de la société civile et dans les médias.
III- La dialectique dans le contexte de la mondialisation
C’est quoi la mondialisation ? Comment interfère-t-elle dans la dialectique entre le développement politique et le développement économique et social ?
D’après Wikipedia, le terme « mondialisation » désigne l'expansion et l'harmonisation des liens d'interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques à l'échelle du monde. Ce phénomène touche les personnes dans la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. Il évoque aussi les transferts et les échanges internationaux de biens, de main-d'œuvre et de connaissances.
La définition de la mondialisation donnée plus haut permet de répondre aisément à la seconde question. En effet, la globalisation de l’économie, l’instantanéité de l’échange des connaissances et des informations, la facilité de déplacement des individus et de la circulation des biens et des services engendrent une situation à laquelle la gouvernance ne peut rester indifférente. Tous les pays, y compris ceux qui sont dits démocratiques, s’en trouvent poussés à adapter les mécanismes de l’action politique et de l’exercice du pouvoir. Dans ce contexte, s’il est encore tôt de parler de globalisation dans le domaine politique, au sens d’un rapprochement important des modes de gouvernance dans les différents pays du monde, il n’est pas exclu de voir une telle tendance se confirmer dans les quatre coins de la planète. N’a-t-on pas vu les pays de l’ancien bloc soviétique aligner leur système politique sur celui des pays occidentaux avec de légères spécificités ici et là ? En tout état de cause, la mondialisation et, particulièrement la globalisation économique qui est devenue une réalité tangible, ne manqueront pas d’infléchir les systèmes politiques des pays qui ont opté pour une ouverture sur le monde dans le sens d’une convergence vers le modèle dominant.
Conclusion
La Tunisie a choisi, depuis l’indépendance, la voie de la modernité et du progrès. Durant un demi-siècle, elle a consolidé son développement humain.
Elle est ouverte à la mondialisation et en tire profit pour accélérer son développement économique. Son ancrage dans son identité lui permet de se prémunir contre certains effets pervers de cette mondialisation tel l’effacement des spécificités culturelles. Face aux opportunités et aux contraintes de la mondialisation, parfois contradictoires, la Tunisie progresse de manière raisonnable et sûre sur la voie du développement politique de manière à consolider la bonne gouvernance sans heurts ni soubresauts. Pour relever le défi du renforcement de la construction politique, plus grand parmi tous les défis, elle sollicite la participation du principal capital du pays, ses élites, toutes ses élites.
Ensemble, relevons les défis !
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