COLLOQUES

Pour une stratégie culturelle de la méditerranéité
M. Mansour M'Henni- Maître de conférence à l'ISSH Tunis – Université Al-Manar

Sur la trace de nos ancetres les bedouins!

Khira Chibani

La chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des cultures a organisé du 19 au 22 décembre 2002, à Douz un colloque international consacré au thème du " Sahara, lien entre les peuples et les cultures " auquel a été convié un parterre de savants, de chercheurs et d'universitaires en provenance d'Europe, du monde arabe et de Tunisie.

Toutes les facettes, archéologique, anthropologique, économique, culturelle et géostratégique de l'espace saharien ont été passées au crible, donnant l'occasion de lever le voile sur l'intensité et la profondeur des échanges éthno-culturels dont celui-ci a été le réceptacle, depuis des temps immémoriaux.
Cet espace sillonné, en long et en large par " no

s ancêtres les bédouins ", comme dirait le regretté Guermadi s'est avéré être une matrice séculaire de dialogue, de tolérance et d'ouverture, favorisés sans doute par un sens inné de l'humilité et du dépouillement qui caractérisent tant les étendues désertiques infinies et qui, plus est entretiennent une sorte de dialogue permanent avec la voûte céleste et ses enchantements.

Mieux que personne, l'écrivain humaniste Antoine De Saint- Exupery a pu rendre compte de l'expérience communiante qu'il a eue, au cœur du désert alors qu'il faisait face à la mort en compagnie de son coéquipier, suite à un atterrissage forcé de leur avion.

Alors que la paix était menacée par les ravages de la seconde guerre mondiale et que l'ethnocentrisme colonial était à son apogée, l'auteur de Terre des Hommes écrivait à l'adresse de son sauveur miraculeux, d'origine bédouine : " Tu es l'Homme et tu m'apparais avec le visage de tous les hommes à la fois. Tu ne nous as jamais dévisagés et déjà tu nous as reconnus. Tu es le frère bien-aimé. Et à mon tour, je te reconnaîtrai dans tous les hommes. "

" Tu m'apparais baigné de noblesse et de bienveillance, grand seigneur qui as le pouvoir à donner à boire. Tous mes amis, tous mes ennemis en toi marchent vers moi, et je n'ai plus un seul ennemi au monde. "

Plus près de nous, Pr. M'hammed Hassine FANTAR, titulaire de la chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions récapitule ces valeurs chevaleresques et foncièrement humanistes, dans une note éditoriale dans laquelle il écrit notamment que " malgré ses immenses solitudes et la sévérité des contraintes qu'il impose à la vie, le Sahara ne semble pas avoir constitué une barrière. La circulation y est active et remonte aux âges de la pierre. Les peintures et les gravures rupestres du Tassili, du Fezzan et du Serj en sont un témoignage éloquent. "

" …Pour toutes ces raisons et en hommage à l'amitié et à la solidarité qui nous lient à tous les peuples du continent africain, la Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions organise un colloque international sur le Sahara, lien entre les peuples et les cultures. Ce faisant, notre souhait est de pouvoir contribuer au renforcement des valeurs humaines telles que l'ouverture, la reconnaissance et l'acceptation de l'autre avec ses différences, la solidarité et la coopération avec tous les peuples du monde pour un mieux être de l'homme quelles qu'en soient les origines ethniques, les croyances et les cultures, loin de tout fanatisme et loin de toute exclusion. La Chaire Ben Ali a été pertinemment créée pour la culture de ces hautes valeurs et leur insertion dans notre vécu ", a encore expliqué le Pr. FANTAR.

Mosaïque culturelle

Donnant le coup d'envoi des communications, souvent d'une excellente facture académique, Mme HACHID Malika, spécialiste algérienne de préhistoire et de protohistoire sahariennes et auteur de très nombreuses publications sur la question est intervenue sur le thème de " la richesse ethnique et culturelle du Sahara central au cours de la préhistoire et de la période paléoberbère. "
S'inscrivant délibérément aux antipodes d'un partis-pris savant mais néanmoins erroné, l'oratrice a plaidé en faveur de la réhabilitation scientifique du Sahara, en tant que matrice civilisationnelle, plusieurs fois millénaire.

" Une certaine pensée dominante s'évertue à accréditer la thèse selon laquelle la civilisation est née au Moyen-orient, entre la Mésopotamie et le Nil et que celle-ci a ensuite migré vers l'Europe qui, à son tour en a communiqué les composantes les plus diverses vers le Sud.
Cette idée fait actuellement l'objet d'une profonde remise en question, devait arguer l'oratrice qui a abondamment multiplié les preuves archéologiques accumulées à la lumière de récentes découvertes.

De nouvelles recherches montrent que le Sahara central était à l'évidence le berceau de civilisations et dont de nombreux éléments ont été transmis au Nord par le Sud, lors de l'ère néolithique, depuis plusieurs millénaires. "

" Au cours de la préhistoire, le Sahara est une véritable mosaïque de peuples préfigurant l'Afrique actuelle. Dans ce melting-pot anthropologique, Mechtoïdes et protoméditerranéens, Noirs, blancs et Métis partagent les mêmes terres, où langues, religions, us et coutumes se juxtaposent et s'interpénètrent. Telle est déjà la vocation de l'Afrique du Nord à la multiculturalité ", a-t-elle expliqué.
En guise de conclusion, l'oratrice a avancé que " la plus grande leçon qu'on peut tirer, c'est que le Sahara a abrité des civilisations diverses et évoluées, sans pour autant que la moindre agression entre les groupes de populations, les ethnies ou les peuplades voisines n'ait eu lieu. "

Tracé Ksourien

Pour sa part, le chercheur tunisien, M. AYOUB Abderrahmane de l'Institut National du Patrimoine a rendu compte de l'état d'avancement de la recherche sur les " GSUR " du Sud-Est tunisien, en intervenant sur la route caravanière et le tracé ksourien.
" Le milieu ksourien n'est pas seulement un lieu du silence berbère, ni un monde replié sur lui-même…mais un milieu qui n'a point cessé d'être traversé par les hommes et le commerce, les conflits et les idéologies.

Forteresses assez originales, d'un point de vue architectural, mais aussi de celui de la division de l'espace, de l'organisation sociale et de la constitution de la mémoire, les Ksours semblent avoir perpétué une manière stratégique de choisir, dans l'espace, les lieux de leur installation. Ces lieux seraient situés sur le tracé des traditionnelles pistes caravanières, lesquelles ne seraient pas loin des limites d'un Limes antique. "

De son côté, le chercheur nigérian, M. AGHALI-ZAKARA Mohamed qui assure un cours de Touareg à l'Institut des langues et civilisations orientales à Paris a consacré sa communication au sujet des Touaregs Sahélo-Sahariens.
De son point de vue, " L'espace saharien, carrefour de passage obligé constitue la plate-forme favorisant depuis des siècles les communications ou relations et les échanges entre le Maghreb-monde méditerranéen- et l'Afrique méridionale- Sahel, côtes atlantiques et le Golfe de Guinée.

Cet environnement cosmopolite demeure un lieu de contacts ethniques permanents qui se caractérise par de multiples interférences socioculturelles. "
Plus généralement, l'orateur a focalisé sa contribution sur les aspects culturels permanents ayant caractérisé cette partie du monde et qui, devait-il expliquer sont " en constantes interactions au sein d'un dynamisme d'une cohabitation historique irréversible. "

Mme ALKHATIB Afraa Ali, d'origine syrienne et actuellement enseignante et chercheur universitaire, à Rabat au Maroc s'est penchée sur le culte astral commun à plusieurs peuplades, essaimées aux quatre coins du monde, preuve selon elle de " contacts culturels à travers le Sahara aux époques antiques. "

Dans des propos d'encadrement liminaires, l'oratrice dont l'argumentaire " s'appuie sur les peintures et les inscriptions rupestres dans le grand Sahara et particulièrement sur l'iconographie représentant des animaux qui portent l'astre solaire entre leurs cornes " a avancé q'une " comparaison avec les signes et les symboles en usage dans le zoroastrisme, en Mésopotamie, au Sud de la péninsule arabique et au Maghreb font apparaître des aspects communs…"

Partant de ce constat, l'oratrice a tenté d'apporter des éclairages articulés autour de deux interrogations : quelles sont les raisons de cette similitude cultuelle et artistique ? Et dans quelle mesure le Sahara a-t-il joué un rôle dans le phénomène de la vénération religieuse des astres ?

D'autres communications non moins pertinentes et couronnées d'un véritable débat polyphonique ont été d'autre part présentées à l'occasion de la tenue du Colloque international de Douz.
Elles seront bientôt accessibles, espérons-le au grand public, sous forme d'une publication, comprenant l'intégralité des contributions et que la Chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions, maître d'œuvre de cette manifestation entend réaliser.

 









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